Aux USA, "Woodstock, 3 days of peace and music" est considéré depuis longtemps comme un monument national. Il permet notamment aux Baby Boomers de (se) rappeler qu'ils ont été à l'origine d'une grande révolution culturelle pacifique, qui a eu une influence considérable, même si elle s'est finalement ramassée lamentablement en sombrant dans l'hypocrisie mercantile.
N'empêche que ce film - ici en version longue de presque 4 heures - est un document magnifique sur une époque naïve où la jeunesse croyait encore que la musique pouvait réaliser les utopies. Tourné dans des conditions apocalyptiques, entre le chaos d'une organisation incompétente et des pluies torrentielles, ce témoignage est passionnant de bout en bout. Car il a été fait pour des passionnés, par des passionnés, au nombre desquels se trouvait un jeune Martin Scorcese qui s'est chargé d'une partie du montage.
Bien sûr, il y a d'abord la musique, avec des moments inoubliables et parfois même historiques: le Soul Sacrifice incandescent porté par un Carlos Santana totalement inconnu et le redoutable teenager Michael Shrieve à la batterie, l'intro de guitare ultrapyrotechnique d'Alvin Lee dans I'm Going Home, le See Me des Who au petit matin, sans oublier l'hymne américain nucléaire d'Hendrix en conclusion.
Et ce ne sont là que quelques moments parmi d'autres.
Mais, la moitié du film est aussi consacrée à des images documentaires et à des interviews drôles, surprenantes et parfois même émouvantes (avec sous-titres). Exemple: cet arrêt sur image poignant quand une bonne soeur fait le signe de la paix...
Avec un peu de bonne volonté, ces images vous redonneront confiance en l'humanité. Oui, tous ces gosses boutonneux étaient vraiment crédules, mais au moins ils avaient le mérite de croire à quelque chose de beau. En ces temps de crise teintée de cynisme à tout-va, il est bon d'imaginer des alternatives à la pensée unique.
Note concernant le Blu-Ray: cette nouvelle édition nous permet enfin de retrouver une des caractéristiques qui faisait l'intérêt du film au départ: le split screen. Tourné en 16 mm gonflé, Woodstock proposait à l'origine des images qui pouvaient se dédoubler ou afficher plusieurs angles simultanément. On pouvait ainsi mieux s'imprégner du chaos ambiant tout en saisissant intuitivement l'atmosphère de l’évènement. Malheureusement, depuis les cassettes VHS jusqu'aux premiers DVD, le film avait été remonté afin de supprimer ces "écrans multiples" qui étaient peu adaptés aux bons vieux téléviseurs à tube. Avec l'avènement de la HD, tout a changé, et l'on peut à nouveau voir le film comme l'avaient voulu ses concepteurs. C'est génial!
L'image est parfois granuleuse, notamment de nuit, mais dans l'ensemble elle a été très correctement restaurée. Pas de griffures, des couleurs équilibrées et une définition... qui est celle du 16mm d'époque.
C'est quand même très bien.
Du côté son, une seule piste, mais elle est en HD. Le remastering est excellent et on applaudit une fois de plus le travail d'Eddie Kramer, l'ingénieur du son d'Hendrix, qui avait capté les concerts.
Enfin, sur un second Blu-Ray, on a droit à deux heures de performances bonus "jamais vues auparavant" (euh si, en fait, le set des Who est un remontage). Et là, il y a, parmi diverses prestations talentueuses, quelques vrais joyaux: deux morceaux de Mountain avec un Leslie West éléphantesque et juvénile, un fantastique Mean Town Blues en slide sur Fender 12 cordes électrique par le fabuleux albinos texan Johnny Winter et - roulement de tambour - TROIS morceaux de Creedence Clearwater Revival absolument superbes.
C'est vrai, vous ne regarderez pas Woodstock tous les jours (4 heures, c'est long).
Mais, vous verrez, vous y reviendrez régulièrement pour faire repousser vos cheveux et vos rêves de pureté.
Et cette version Blu-Ray sera alors un parfait élixir de jouvence.