De son vrai nom Allen Stewart Konigsberg (il est né à Brooklyn le 1° décembre 1935), Woody Allen commença par écrire des blagues pour Bob Hope et d'autres comiques déjà bien établis de la télévision US de l'époque, puis pour lui-même, se produisit dans des cabarets et à la télévision, écrivit des articles, des livres et des pièces de théâtre et monta son premier orchestre (de jazz bien sûr).
En 1964, il écrivit son premier scénario, 'What's new Pussycat ?', qui devint un film qui sortit dans les salles l'année d'après (en France seulement en 66). Réalisé par l'anglais Clive Donner (1926-2010), 'Pussycat' est un film américain tourné en Technicolor à Paris avec des acteurs d'un peu partout, musique du légendaire Burt Bacharach.
En 66, Woody Allen toucha 75.000,-$ pour remanier un sous 'James Bond' japonais, 'Kagi no kagi', dont il fit, en y rajoutant des scènes (avec lui-même bien sûr) et un commentaire et en en modifiant la musique et le doublage, 'What's up Tiger Lily ?' ('Lily la tigresse'), avant de retrouver en 67 à Londres son producteur de 'What's new Pussycat ? ' pour une parodie directe de 'James Bond', en l'occurrence 'Casino Royale'.
Mais définitivement déçu par ce que les producteurs faisaient de 'ses' films, Woody Allen deviendra à partir de là, et donc dès 69 et son 'Prends l'oseille et tire-toi !', son propre metteur en scène ; ce qui allait tout changer.
En France, nous ne découvrîmes toutefois ce film qu'en 72, grâce au succès qu'avait obtenu entre-temps ici son film suivant, 'Bananas', de 71 :
Produit par ses deux agents, Jack Rollins et Charles H. Joffe pour 'United Artists' (Woody avait accepté de signer avec cette maison de production parce qu'ils avaient leurs bureaux à New-York et pas à Hollywood et parce qu'Arthur Krim, qui présidait 'UA' à ce moment-là et qui avait 60 ans et pas d'enfants, fit de Woody son 'fils spirituel' et lui donna totale carte blanche, ce qui était inusité et donc absolument exceptionnel alors aux USA) avec son ex épouse Louise Lasser (ils avaient divorcé après une dizaine d'années ensemble, dont trois de mariage, au Printemps 70) et un débutant, en l'occurrence Sylvester Stallone (24 ans alors), en voyou qui moleste Woody dans le métro, 'Bananas' raconte l'histoire d'un obsédé sexuel (et ce n'était pas un rôle de composition) qui s'éprend d'une féministe et activiste politique (Louise Lasser donc) qui le rejette toutefois parce qu'il n'a pas l'étoffe d'un meneur. Il décide donc de se rendre en Amérique du Sud, en l'occurrence à San Marcos (en fait à Puerto Rico) dont le Président vient d'être destitué et assassiné par un général-dictateur qui a pris sa place. D'abord actif aux côtés du nouveau 'leader maximo' du pays, il réalise toutefois que celui-ci va le faire abattre et faire croire à la responsabilité des rebelles communistes qui tentent de le renverser afin d'amener les Etats-Unis à le soutenir. Aussitôt il rejoint le mouvement d'opposition, aide à renverser le dictateur autoproclamé et prend même sa place en tant que nouveau Président de San Marcos, ce qui lui permet de retrouver les USA et sa belle pour y vanter les produits locaux de sa nouvelle patrie, y compris bien sûr lui-même...
A l'heure du 'Che' (abattu en 67 et devenu alors une icône planétaire) et des man½uvres de la CIA dans de nombreuses républiques bananières, le sujet de 'Bananas' s'imposait presque tant l'Amérique Centrale et du Sud étaient alors à la une de l'actualité mondiale. Moins drôle que 'Take the money and run', sauf au début, toujours encore assez brouillon (nous sommes vraiment très loin encore des chefs d'½uvre qui allaient faire de Woody Allen l'un des grands cinéastes de sa génération), cette histoire d'un névrosé prêt à faire le grand saut juste histoire de pouvoir forniquer se situe dans la droite ligne des obsessions d'alors du Maître. Il traitera d'ailleurs le même sujet dans son film suivant, 'Tombe les filles et tais-toi !'...