...joué sur un clavecin Ruckers de 1637 (également réédité en CD par DHM), Gustav Leonhardt enregistrait en juin 1989 en l'église luthérienne de Haarlem le présent florilège illustrant les deux versants (français et italien) de cet oeuvre imprégné par les « goûts réunis ».
Leonhardt « ressent la musique de façon si profonde qu'il n'a pas besoin de forcer un théâtre vide pour la transmettre » selon le flûtiste Barthold Kuijken.
Loin de l'imaginaire fantasque et du caractère extraverti dont témoigneront Blandine Verlet (Astrée) ou Christophe Rousset (Harmonia Mundi), le maître néerlandais semble ici s'extraire de ce bas-monde qui inspira tant d'amertume à ce compositeur si attachant, auteur d'une "Lamentation sur ce que j'ay été volé".
Sur un clavecin (Bruce Kennedy 1985, d'après un Mietke 1702-1704) d'une sonorité extrêmement douce et fine, le toucher parvient à une caressante fluidité où l'ornement se coule avec une intimiste poésie.
Sous ces doigts, même les pièces virtuoses (Toccatas) ou se souvenant de la dissonance frescobaldienne ne se départissent pas de pudeur.
Rien de savant ou de rhétorique dans ce récital. Mais l'expression d'une âme sereine qui retrouve dans le subtil pincé des luthistes de Louis XIII le secret d'une exquise sensibilité. Avec au sommet, en conclusion de cette anthologie, le "Tombeau sur la mort de Monsieur Blanrocher" où s'instille toute la mélancolie d'un siècle.
Ennemie de tout tapage, de toute excentricité, cette porte dérobée nous fait pénétrer au plus vrai, au mieux senti du délicat univers émotionnel de Froberger : un CD relativement bref (57 minutes) mais infiniment admirable.