Depuis 2005 et le superbe "
House of M", la maison Marvel produit religieusement un "crossover" par an, qu'elle nomme "event", histoire d'attirer les lecteurs en masse vers un événement majeur de sa mythologie que l'on ne doit manquer sous aucun prétexte. D'ailleurs, à cette occasion, elle connecte consciencieusement la plus-part de ses séries sur l'histoire principale, histoire d'affoler le lecteur complétiste, assimilé pour le coup à une bien belle vache à lait...
"World War Hulk" est LE "grand" crossover de l'année 2007. L'histoire que l'on nous raconte est celle de Hulk et de ses "liés en guerre", un groupe d'extraterrestres avec lequel il a renversé un empire tyrannique sur la planète "Sakaar". Car en effet, Hulk vient de passer les deux dernières années dans l'espace, exilé par ses pairs les super-héros des "Illuminati" (Iron Man, Red Richards, Flèche noire et Dr Strange), afin d'écarter la menace qu'il représentait pour notre monde. Sur Sakaar, il a perdu son épouse "Caiera" et l'enfant qu'elle portait, ainsi qu'un million de ses sujets (oui, car il a été fait roi de sa planète d'accueil), détruits lors de l'explosion du vaisseau par lequel il a été banni de la terre.
A présent, Hulk est de retour sur sa planète natale en compagnie de ses compères insurgés. Et il n'est pas content...
Tout le crossover (un prologue, cinq épisodes et un épilogue) nous dévoile le combat opposant le titan vert et ses comparses face aux super-héros terriens que nous connaissons bien et que Hulk tient pour responsable de ses malheurs. Ça bastonne tout du long. Et puis c'est tout...
Le présent récit est donc la suite directe de la série dédiée à Hulk et surtout de la saga "
Planète Hulk", un récit plein de bruit et de fureur écrit par Greg Pak, mis en scène dans une ambitieuse atmosphère à la frontière des grands péplums hollywoodiens et de la saga "
Star Wars" (jusqu'à l'épisode "Incredible Hulk (vol.2)" N°105). Le scénariste, à l'œuvre sur "World War Hulk", avait déjà été forcé de précipiter la fin de son périple extraterrestre. Une fin terriblement bâclée, uniquement dans le but d'enchaîner illico-presto sur le dit crossover...
Ainsi, Hulk défie tour à tour les plus grands super-héros de la Terre. Tout ceci se résume bien évidemment au seul prétexte de voir s'affronter le géant vert et les plus puissants super-slips de la mythologie Marvel, histoire de flatter les plaisirs régressifs des lecteurs les plus bourrins. Le scénario tient ainsi sur un timbre-poste : Un premier combat contre "Flèche noire". Un second contre "Iron Man". Un troisième contre les "Vengeurs". Un quatrième contre les "Fantastic Four", un cinquième contre "Dr Strange", un sixième contre l'armée du général Ross et un septième contre "Sentry", le plus puissant de tous. A la fin, personne n'est mort, New York est détruit et tout le monde la reconstruit. Point final.
Je résume, mais à peine...
Terminée la quête de rédemption liée à l'inconscient, en sous-texte sur le crossover "House of M". Oubliée la toile de fond politique à l'œuvre derrière "
Civil War". "World War Hulk" n'est qu'une série de bastons.
Une fois la pilule avalée, cela pourrait encore le faire si la partie graphique était au diapason. Hélas, même si j'admire beaucoup John Romita jr, il faut avouer qu'il n'est pas du tout à sa place dans ce concept épuré de luttes mythologiques. Certes, le découpage de ses planches demeure un modèle de fluidité et l'ensemble, pourtant un sacré pavé de 250 pages, se lit d'une traite. Mais non, franchement, ce style sommaire et jeté qui est désormais le sien ne tire pas le concept de "WWH" vers le haut, même avec l'apport du grand Klaus Janson à l'encrage. Il eut fallu la beauté des planches d'un Brian Hitch (
Ultimates) ou d'un David Finch (
New Avengers), qui assure d'ailleurs les couvertures originales, pour que le projet puisse réellement prendre de la hauteur. On aurait pu alors admirer de superbes tableaux mythologiques pleins de bruit et de fureur, aux statues grecques s'élevant dans les airs au milieu du feu et des larmes. Un véritable combat de titans chorégraphié de manière lyrique. Au lieu de cela, il faudra nous contenter d'une succession de planches plates et assez laides, répétitives, paresseuses, avec effets spéciaux à l'appui pour en masquer le vide. Attendez-vous à une improbable accumulation d'onomatopées numériques géantes, jusqu'à la nausée. Certaines étant d'ailleurs totalement ineptes et gratuites (en voici un florilège : WHAKOOOM ! KAVOOOOM ! KRAKKABA-THROOM ! BBKBKKKBKOOOM ! THRAKKADOOM ! KRKLSHHHH ! KRAKKAROOM ! BLAAAAACHOOOM ! SHWALUUUUM ! KTHRAMM ! KWAGLOOOOOM ! et mon préféré : VJJJWOMMMWWWB ! et je n'invente rien !), uniquement là pour éviter à J.R. jr de trop s'attarder sur les détails explosifs de ses combats de titans.
A l'arrivée, "WWH" est véritablement un crossover bourrin pour geek décérébré ou lecteur ne cherchant pas à dépasser le stade du divertissement défoulatoire.
Personnellement, il s'agit là de ce que je n'aime pas dans les comics mainstream : du pur commercial, qui accuse en plus le fait d'être lu seul, sans les séries "ongoing" qui l'entourent et qui sont là, certaines, pour lui donner de l'épaisseur. J'ai également du mal à digérer le traitement putassier infligé à la figure de "Sentry" (un simple "agoraphobe schizophrène", comme le répètent en boucle la plus-part des protagonistes le croisant dans le récit), qui n'existe décidément pas au dehors des récits de Paul jenkins, son créateur, qui en avait pourtant fait une des plus belles et plus ambivalentes figures de cet univers trop souvent manichéen. Et puis, si la saga "Planète Hulk" fonctionnait bien puisque tout pouvait arriver, ici, le suspense est tout bonnement une notion obsolète : Comment traiter tous ces super-héros abonnés à leurs propres séries hautement bankables sinon sans trop les égratigner ? A l'arrivée, tous ces combats me font penser aux combats de catch vus à la télé : du spectacle tout truqué ! Enfin, bonjour la cohérence lorsque l'on voit tous ces super-héros, qui jusque là ont survécu à toutes les pires menaces de l'univers, se faire latter en cinq minutes...
Décidément, je ne comprendrai jamais pourquoi ce cancer du médium comics qu'est le crossover suscite à ce point l'émeute chez les lecteurs. Hé les gars, réveillez-vous, c'est juste commercial !