Le quatrième et meilleur album de Saga (sorti en 1981), est celui qui a fait entrer les Canadiens dans un autre monde, celui d'une audience planétaire, avec un succès particulièrement marqué dans des pays comme l'Allemagne, la Norvège et surtout les Etats-Unis (disque d'or dans ces pays, et de platine au Canada).
Il s'inscrit dans la continuité par rapport aux trois disques précédents, caractérisé par ce style si reconnaissable, fusion pop, rock & prog fulgurante et unique, aux guitares insicives et aux claviers solides (surtout synthétiseurs), mais également un aboutissement de ce style, un sommet, grâce à une meilleure production (Rupert Hine, nouveau venu), à des sons (guitares, claviers, etc) plus fournis et à une inspiration de très haute facture (encore plus que pour "Images At Twilight" qui n'en manquait pourtant pas).
La première partie de l'album (première face du vinyl) enchaîne titres rapides et puissants, très accrocheurs (les trois premiers, "On The Loose", "Wind Him Up" et "Amnesia" sont sortis en single et ont tous fait l'objet d'une vidéo), avant que la belle ballade "Time's Up" ramène le calme et un soupçon de mélancolie avec son refrain dont le sens m'a longtemps échappé ("you've been wishing your life away...").
La seconde partie, à l'opposé, s'en va explorer des territoires beaucoup plus "ouverts", plus variés, plus "planants" même par moments ("No Regrets", à la subtile atmosphère de somnolence rêveuse). "Conversations" est un titre quasiment instrumental, tout en contrastes, alors que le dernier "No Stranger", le plus long de l'album avec ses sept minutes et des poussières, renoue (après une assez longue intro nébuleuse parcourue de sons divers) avec le style des quatre premiers morceaux du disque, impétueux, dynamique et émaillé de solos tranchants (Ian Crichton à la guitare électrique). "The Interview" enfin (qui ouvre la seconde face) est le titre que j'affectionne le plus, avec sa très belle mélodie, sa dynamique irrésistible, ses synthétiseurs en arcs en ciel et son entrée en matière qui retient tout de suite l'attention (tout comme pour "On The Loose" ouvrant l'album).
Mais j'adore tout en réalité dans ce "Worlds Apart" aussi tonique et puissant qu'inventif et séduisant, au souffle et à l'inspiration que le combo ne retrouvera que rarement par la suite, dans l'ensemble plutôt insipide. Il faudra attendre 1999 et l'album "Full Circle" pour retrouver un Saga enfin régénéré, ce que les albums suivants confirmeront, notamment les très bons "House Of Cards" en 2001 et "Trust" en 2006.