dEUS, seul groupe de la scène anversoise à avoir véritablement percé en dehors des frontières du plat pays, s'incarne principalement en Tom Barman qui est aujourd'hui avec Klaas Janzoons le dernier rescapé des membres crédités sur Worst Case Scenario. Tom, leader charismatique aux multiples activités (ses nombreux side-projects, dont le fameux Magnus, ou l'accrocheur Anyway the wind blows, premier long métrage du bonhomme), menait déjà la barque sur les eaux déchaînées de ce premier album, avec l'aplomb frondeur de ses 22 ans.
Dès la première écoute, l'auditeur attentif est sûr d'une chose : il est en train de vivre un moment musical des plus excitants. D'abord un mémorable Suds & soda, avec ses paroles entêtantes, son violon qui vous lamine le crâne et ses riffs abrasifs, puis un étrange w.c.s aux ambiances lugubres. On respire un coup avec Jigsaw you pour arriver à l'orgiaque Morticia Chair. A ce moment, la vérité s'impose d'elle-même : avoir acheté cet album sans rien connaître de ce groupe qu'un vague concert diffusé en télé un soir vers minuit relève du coup de maître! Et ce sentiment perdurera tout au long de cet album très homogène, qui forgea un soi-disant style « arty » sur lequel surferont de nombreuses petites formations belges. dEUS, lui, n'aura cesse de passer à autre chose, de sorte que dix ans plus tard, ce « first draft » reste un album unique, même dans la discographie du groupe. Il n'a certes pas la maturité de The ideal crash (dernier album en date, plus pour très longtemps d'ailleurs), mais compte dans ses rangs de véritables laminoirs (Suds & soda, Mute, Lets get lost) et de petites perles confondantes (l'autobiographique Right as rain, le touchant Secret hell), sans compter le désormais classique Hotellounge (be the death of me).
Le genre de disque qui vous donne l'impression d'ouvrir vos oreilles pour la première fois...