Il y a de tout pour être heureux dans ce disque. Vraiment. Rarement un tel bric-à-brac dans le domaine du rock n'aura donné un résultat aussi satisfaisant que Wowee Zowee.
A l'intérieur de cette galette fourmillant d'idées foutraques, c'est bien simple: ça part dans tous les sens, à tous les moments, et la plupart du temps, c'est totalement imprévisible ! Si bien qu'on finit par attendre avec ferveur à quel moment le morceau va basculer.
Musicalement, les titres sont ultra-variés : on commencera par une superbe ballade acoustique (We Dance) assez inhabituelle dans leur répertoire, avant d'écouter un hit bordélique en puissance (Rattled by The Rush) et attaquer une multitude de morceaux vacillant entre furie et oisiveté, cynisme et indulgence totale, franche rigolade et sourire narquois, douceur pop ou fracas punk, dépassant de loin les formats conventionnels du rock. En somme, une vraie quincaillerie : on y trouve de tout, et on trouve tout plutôt cool.
Groupe de rock indé au statut de cultissime parmi le culte, et au registre indéfinissable, Pavement a aussi inventé avec brio cette célèbre coolitude rock : cette attitude de cancre génial, toujours assis au dernier rang de la classe, aux idées instinctives et sans prétention, loin des calculs habiles et intéressés, et finalement aussi effrayés par la réussite que par l'échec. Cinq traîne-semelles formant une sorte de bastion de résistance face aux flots des modes et aux ascensions conventionnelles dans le domaine du rock.
Bien sûr, tout au long des disques de Pavement, et encore plus sur Wowee Zowee, on a cette impression que le groupe ne cesse de saboter volontairement ses mélodies, de maltraîter ses morceaux comme personne n'oserait le faire (Best Friends Arm, par exemple). Pourtant, on ne peut au final que saluer la performance de songwriting du génial Stephen Malkmus qui signe ici quelques-unes des meilleures chansons du groupe (Grounded, Father to a Sister of Thought, Grave Architecture), qui n'atteindront jamais les hits-parades, mais dont l'auteur s'en fout plutôt pas mal, comme il le prévoyait déjà en 1992, dans « Here » : « I was dressed for success, but success it never comes, and I'm the only one who laughs... ».