Trois années se sont (déjà) écoulées depuis la sortie du dernier Springsteen, Working On A Dream. Et le rêve s'est quelque peu brisé pour les fans du Boss puisque l'année dernière, l'indestructible Big Man, le pote de toujours, s'en est allé, laissant le E-Street Band orphelin de son légendaire saxophoniste.
Après Danny décédé en 2008, on peut dire que ça sent de plus en plus le sapin au sein du E-Street Band... accrochez-vous Max, Steve, Gary, Nils, Roy...
Est-ce justement pour les ménager, ou alors est-ce pour marquer une nouvelle rupture, le passage à une nouvelle ère, que Springsteen n'a pas convoqué son groupe historique pour enregistrer ce nouvel opus ? Car oui, Wrecking Ball est l'oeuvre d'un Springsteen sans le E-Street Band, accompagné par une flopée de nouveaux musiciens, dont certains de renommée tels le batteur Matt Chamberlain ou Tom Morello sur 2 titres. Il y a aussi des cordes, des cuivres et un choeur gospel... plus de 50 musiciens et chanteurs au total... Sans compter que le patron est lui-même crédité sur pas moins de 7 instruments en plus du chant...
Mais à vrai dire, le E-Street Band est quand même présent, mais en ordre dispersé sur les 13 titres que compte l'album (11 + 2 bonus tracks). Max, Steven, Patti, Soozie font en effet quelques apparitions et il y a même le sax de Clarence qui résonne sur 2 titres comme un chant du cygne...
Côté musique, on est en terrain connu, comme souvent avec le Boss et c'est aussi pour ça qu'on l'aime. Les compositions, les mélodies sont efficaces, l'album contient son lot d'hymnes springsteeniens qu'on pourra chanter dans les stades à Paris et Montpellier cet été. We Take Care en premier lieu bien sûr, qui ouvre l'album sous les meilleurs auspices, mais aussi Easy Money et Wrecking Ball la chanson titre de l'album.
La ballade Jack Of All Trades commence de manière assez convenue avec cet arpège de piano on ne peut plus banal. L'arrivée d'une trompette et d'un banjo discret donne une toute autre dimension au titre, quasi funéraire. Et le solo de guitare final joué par Tom Morello achève de convaincre que cette chanson n'est finalement pas si banale. L'ex Rage Against the Machine illumine également de son jeu de guitare la ballade suivante, This Depression.
Death To My Hometown nous renvoie à Dublin avec sa mélodie qui n'est pas sans rappeler les traditionnels irlandais et l'escapade des Seeger Sessions en 2006.
En fin d'album, Springsteen recycle Land Of Hope And Dreams, excellente chanson déjà maintes fois entendue en live depuis la fin des 90's et notamment sur le live In New York City de 2000.
Recyclage toujours avec le second et dernier titre bonus qui n'est autre que la version studio d'American Land, chanson écrite par Springsteen à l'occasion de l'album et de la tournée des Seeger Sessions. Toujours sympa d'écouter cette chanson mais elle donne quand-même bien mieux en live et notamment en clôture des concerts du Boss.
Quant aux textes, ils collent à l'actualité de la crise mondiale économique, sociale et politique qui frappe la planète sur laquelle vit le Boss. C'est l'avantage quand on choisit le créneau du rock « concerné » : il y a toujours quelque chose à chroniquer car c'est bien connu, les crises succèdent aux crises. « Concerné » parce qu'il serait un peu présomptueux de qualifier les nouvelles chansons de Springsteen d'« engagées ». Mais lui en demande-t-on plus ?
Les défauts du disque ? Le boom boom de We take Care, c'est clairement pas de la grosse caisse de batterie, c'est de la vilaine boîte à rythme, tout comme sur l'intro de Easy Money. En fait, pratiquement tous les titres contiennent leur lot de boucles électroniques et ça, pour un fan de batterie qui claque et qui fait du barouf, c'est carrément fâcheux.
Mais étonnamment, même en introduisant ces boîtes à rythmes, loops et autres effets « modernes », Springsteen et son nouveau producteur parviennent à donner un côté roots à leur musique. Wrecking Ball sonne même plus rock que Working On A Dream dont le côté pop m'avait passablement agacé.
Il n'y a guère que Rocky Ground pour venir quelque peu gâcher le plaisir de l'écoute du dernier album de Springsteen. Des années durant, j'ai prié pour que mon rocker préféré ne tombe pas dans le panneau du crossover foireux rock/rap. Et ben on y est mes amis ! Carton jaune Monsieur Springsteen ! C'est une greluche qui vient poser son rap à deux balles sur Rocky Ground, une certaine Michelle Moore... pas la blonde à gros nénés des films érotiques mais la black post-ados spécialisée dans le cliché R'n'B US...
A part cette hérésie manifeste et pour conclure, disons que la livraison 2012 du Boss est un assez bon cru, un album de qualité intermédiaire entre Magic et Working On A Dream. Ca reste assez pop, très accessible, bougrement efficace et toujours très honnête...
On attend avec impatience que notre patron à tous vienne fouler les scènes européennes et françaises en particulier, histoire de démontrer qu'à 62 ans passés et après 40 ans de carrière, l'Amérique, c'est encore lui !