La couleur est annoncée dès le générique, l'un des plus audacieux et des plus brillants qu'il m'ait été donné de voir : la scène finale est placée au début et se déroule dans un décalage total entre l'image du drame annoncé, et la musique de mélo sirupeuse. Tout Sirk est contenu là-dedans : sous les apparences de la haute bourgeoisie blanche dominante, toute la faiblesse et la débauche du monde. Le découpage est impressionnant, tout comme l'image, les couleurs, les plans, comme ces virevoltes de feuilles à travers la porte entrouverte... on sait tout de suite à quoi s'en tenir : nous sommes là dans la plus totale virtuosité cinématographique.
"Ecrit sur du vent", l'un des grands chefs-d'œuvre des mythiques mélos sirkiens, est un drame familial à quatre personnages dans le milieu des magnats du pétrole texan. S'affrontent en quelque sorte deux duos : deux adultes - au sens de la maturité - (Laurenn Bacall, Rock Hudson) et les deux enfants du patriarche pétrolier (Robert Stack, Dorothy Malone), restés enfants, justement, par leur naissance trop aisée et leur refus de grandir (c'est à dire d'accepter la douleur du réel). Courant misérablement après le paradis perdu de l'enfance, et par conséquent s'enfonçant dans la débauche, ils précipitent leur propre drame basé sur le malentendu (l'enfant "bâtard"), le ressentiment (la vengeance de l'amoureuse frustrée) et la débauche (le père tombant du haut des escaliers à cause de la musique), bref la faiblesse humaine dans toute sa triste splendeur. Leçon ô combien philosophique à retenir : la puissance n'est pas la force...
La scène finale, balzacienne en diable (très "Eugénie Grandet") est magnifique, et nous rappelle cette bonne vieille leçon à laquelle nous avait magistralement initié Orson Welles dans Citizen Kane : la soif de pouvoir n'est pas la soif de bonheur, c'en est le deuil permanent.
Éblouissant.