Comment ne pas avoir le coeur étreint par l'émotion en songeant au tragique destin d'Emily Brontë? Son talent était aussi grand que sa vie fut courte. Lorsque la tuberculose l'emporta par une bien triste journée de l'hiver 1848, elle avait à peine trente ans, mais ce météorique séjour sur Terre lui aura suffi pour nous léguer l'un des plus immortels chefs-d'oeuvre de la Littérature... Ah, j'ose à peine rêver à tous les autres sublimes romans qu'elle portait sans doute en elle et qu'elle n'aura pas eu le temps de coucher sur le papier... Mais, me direz-vous, qu'a-t-elle de si exceptionnel, cette histoire d'amour et de vengeance dans les landes du Yorkshire? Eh bien, c'est un peu le mystère des grandes oeuvres: on ne sait trop à quoi précisément attribuer leur magie, mais à peine y pose-t-on le regard que celle-ci s'impose comme une évidence. Une séduction singulière plane sur ce livre. Dès les premiers mots, un charme se crée, que plus rien ne viendra rompre. Est-ce la force de son histoire qui nous envoûte? La violence de ses personnages? La fureur de leurs passions? Ou tout simplement la splendeur de cette écriture à la fois si naturelle et si travaillée que traversent des fulgurances poétiques d'une pureté inouïe? Allez savoir... Quel bonheur, en tout cas, que de se laisser emporter par le flot tumultueux de cette intrigue somptueusement romantique, d'un romantisme non pas mièvre et fade, mais au contraire fiévreux, tourmenté, crépusculaire, beethovenien! Cette chère Emily était, paraît-il, d'un caractère effacé... Eh bien, il faut croire que les apparences étaient trompeuses et que sous ses dehors paisibles, elle cachait une nature exaltée à l'extrême dont ces pages inoubliables portent le plus beau des témoignages...