"X-Force : Anges et Démons" regroupe les épisodes "X-force (Vol.3)" #1 à 11, réalisés entre 2008 et 2009. Le scénario est de Chritopher Yost et Greg Kyle. Le dessin et la mise en couleur informatique sont l'œuvre de Clayton Crain pour les six premiers épisodes. Sur les épisodes suivants, le dessin est réalisé par Mike Choi, excepté le dernier, mis en image respectivement par Claiton Crain et Alina Urusov.
Suite directe de
X-Men : Le complexe du messie : "Cyclope" demande à "Wolverine" de reformer son équipe spécialisée dans les actions secrètes et expéditives (comprendre : avec des morts). Dans cette version, il s'agit de "Wolverine", "X-23", "Warpath" et "Wolfsbane". Leur mission est d'éradiquer la menace des "Purificateurs", un groupe de fanatiques extrémistes anti-mutants jadis créé par le révérend "William Stryker". Très vite, l'équipe des "X-force" va se heurter à une très forte résistance...
Deux arcs narratifs se succèdents sans transition :
- Episodes #1 à 6 : "Le Complexe du Messie" était difficile à suivre pour le lecteur lambda ? "X-Force : Anges and Démons" l'est nettement plus ! Le scénario ne fait pas dans le détail et ne s'embarrasse pas de la possibilité de perdre le lecteur en route. Ainsi, mieux vaut connaitre le passé de chaque personnage pour s'y retrouver, sous peine de perdre rapidement le fil. Par exemple, le personnage de "Wolfsbane" (Rhane Sinclair) renvoie à l'historique de la série des "New mutants". Ceux de "Bastion", "Stryker" et "Trask" (entre autres) renvoient à des sagas de la série "Uncanny X-men" qu'il vaut mieux avoir lues. Toute l'intrigue de ces six épisodes est complètement embourbée dans les racines de ce passé éditorial, ainsi que les nombreux personnages qui s'y télescopent...
Personnellement, n'ayant jamais rien lu des "New mutants" et ne connaissant pas certains arcs de la série "Uncanny" pris en référence, j'ai eu du mal à saisir tous les tenants et aboutissants du récit proprement dit. Ce manque de "culture" s'est révélé frustrant, au point que j'ai dû me contenter des épisodes au niveau de leur mise en forme. De ce point de vue, la série vaut tout de même le détour : L'atmosphère glauque et malsaine de ces antihéros au pays des "fous de Dieu" est très immersive et offre une lecture sensuelle et viscérale. Evidemment, l'illustrateur Claiton Crain y est pour beaucoup, qui réalise des planches sombres et aqueuses, dont certaines sont vraiment gores. Si vous regrettez que les habituelles histoires mettant en scène un "Wolverine" qui utilise ses griffes sans effusion de sang soient un peu ridicules, vous devez impérativement lire ces épisodes de "X-force", où les têtes tranchées, les litres de sang et les corps déchiquetés et amputés s'amoncèlent aux quatre coins des scènes d'action ! La mise en couleur numérique est très impressionnante, qui dépasse réellement les limites de son matériau qui pourrait rapidement se révéler froid et désincarné sans le talent indiscutable de cet époustouflant illustrateur.
Ceci étant dit, le scénario se révèle parfois un peu nébuleux, et pas seulement à cause de ses très nombreuses références. Tout le passage dans lequel "Angel" est attaqué par Rahne afin de prélever ses gènes lui permettant de développer des ailes, avant qu'il se transforme dans sa version ténébreuse nommée "Archangel", est plus que tiré par les cheveux ! Il apporte encore davantage de confusion et de désordre à un récit qui n'était déjà pas très clair.
- Episodes #7 à 11 : L'équipe des "X-force" s'est à peine remise des événements relatés plus haut qu'ils doivent de nouveau en découdre. Les ramifications opérées dans les épisodes précédents continuent de se développer, et "Wolverine" et son équipe sont obligés de durcir leurs méthodes encore davantage face aux "purificateurs" et à leurs sbires. Par ailleurs, deux des membres que l'équipe, "Wolfsbane" et "Warpath", poursuivent leur chemin séparément...
Par rapport aux épisodes précédents, ceux-ci ne dérogent pas à la règle instaurée par les deux scénaristes et l'on continue de se perdre au milieu des multiples références et autres personnages qui prennent leurs racines dans le passé éditorial des diverses séries mutantes de l'univers Marvel. Je n'ai pas saisi toutes ces relations historiques (loin de là), mais pourtant, le récit m'a paru cette fois beaucoup plus clair. Il semblerait que les auteurs aient trouvé leur rythme de croisière et qu'ils se montrent désormais capables de mettre en place une narration plus nette et cohérente.
La mise en image de Mike Choi n'est clairement pas au niveau de celle de Claiton Crain, qui était aux commandes des six épisodes précédents. Mais la coloriste Sonia Oback relève le tout.
Tout en demeurant une série Marvel mainstream, "X-force" en impose un peu plus que les autres dans son ambiance et son énergie. Quand on y réfléchit, le scénario n'a rien d'exceptionnel et la dramaturgie de l'intrigue non plus. Les personnages n'ont pas grand chose à raconter et la toile de fond demeure plutôt fébrile. C'est plutôt du côté de la forme du récit que tout se joue : Une mise en image particulièrement soignée, une férocité extrême, une perception de l'action viscérale, une atmosphère sombre et originale. Du coup, on ressort de cette lecture en ayant vécu une expérience un peu plus forte que d'ordinaire...
A ce stade, on peut en tirer un certain constat : Alors que la série fait sans cesse référence au passé éditorial des séries mutantes, elle propose une mise en forme extrêmement évoluée, pour le meilleur comme pour le pire. Pour ceux qui s'en souviennent, les séries Marvel des années 70 et 80 étaient abominablement descriptives et explicatives. Chaque épisode revenait sur le précédent par le biais d'explications écrites, chaque apparition d'un personnage s'accompagnait de presque toute son histoire ! Aujourd'hui, c'est tout l'inverse : Plus rien n'est expliqué. Et le lecteur doit s'accrocher pour recoller les morceaux éparpillés sur un amoncellement de séries elles-mêmes échelonnées sur plusieurs décennies d'existence. Ce faisant, le style narratif des séries a gagné beaucoup de rythme et de percussion, mais l'industrie des comics nouvelle génération pousse de plus en plus les lecteurs à se connecter entre toutes les séries afin de relier tous ces fils narratifs infinis. Voilà qui est diaboliquement commercial !