Ce tome comprend les 10 pages introductives parues dans X-Men 94 de novembre 1999, ainsi que les épisodes 1 à 12 de la série, parus en 1999/2000. Le scénario et les crayonnés sont de John Byrne, les finitions et l'encrage de Tom Palmer, avec quelques pages encrées par Joe Sinnott dans l'épisode 8.
Le point de départ de cette série est que les épisodes 67 (décembre 1970) à 93 (avril 1975) de la série X-Men contenaient en fait des rééditions d'épisodes précédents. Or pendant cette période de publication, les X-Men sont apparus de ci de là dans d'autres séries. Il y a donc là un laps de temps pendant lequel les X-Men ont forcément fait quelque chose et la série "Hiddeen Years" propose de découvrir quoi.
L'équipe des X-Men se compose de Scott Summers (Cyclops), Jean Grey (Marvel Girl), Hank McCoy (Beast, sans fourrure), Warren Worthington (Angel) et Bobby Drake (Iceman). Lorna Dane (Polaris) et Alex Summers (Havok) sont également présents à l'école pour surdoués de Westchester. Charles Xavier (Professeur X est toujours dans sa chaise roulante, et récemment revenu d'entre les morts. D'ailleurs ce subterfuge qui lui a permis de se préparer contre les Z'nox n'a pas été du tout du goût de Bobby Drake qui quitte l'équipe. Xavier envoie les X-Men en Terre Sauvage (Savage Land) pour s'assurer de la mort de Magneto et récupérer son cadavre. Lorna et Alex préfèrent rester à Westchester. Après cette première mission, les X-Men vont séjourner quelques jours en Afrique où ils croiseront une future X-Woman. Puis ils doivent aller pourchasser le Z'nox dans l'espace avec l'aide des Fantastic Four. Et ils vont faire face à la résurgence d'une Sentinelle.
Dans la postface du premier épisode, John Byrne explique qu'il s'inspire directement du mode narratif de l'époque pour raconter ses histoires, et en particulier des épisodes réalisés par Roy Thomas et Neal Adams (réédités dans
Marvel Masterworks 6 - The X-Men). Il reconnaît bien volontiers qu'il ne prétend pas être au niveau de Neal Adams il s'agit plus pour lui de rendre hommage à cet artiste hors pair. Effectivement, si vous êtes coutumier des épisodes en question, il est facile de constater que Byrne singe intelligemment la mise en page de Neal Adams à base de case en trapèze se chevauchant. Il adopte aussi de temps à autre ses cadrages en contreplongée pour un effet de perspective saisissant, même si cet aspect s'estompe d'épisode en épisode. Il est également parfois possible de détecter des clins d'oeil à Dave Cockrum, à ses illustrations des épisodes 94 à 107 (en particulier Jean Grey en train de déchirer le bas de sa robe, directement calqué sur le même geste de Wolverine déchirant sa robe).
Byrne explique également que le lecteur ne retrouvera pas le John Byrne de la fin années 1970 quand il travaillait avec Chris Claremont et Terry Austin sur Uncanny X-Men (par exemple
The Uncanny X-Men 4). De fait la mise en page empruntée à Neal Adams comporte moins de cases par page et elle repose sur des compositions favorisant les cases se chevauchant. En outre, la finition des dessins et l'encrage sont réalisés par Tom Palmer qui avait encré Neal Adams à la fin des années 1960. Le lecteur a donc un peu de mal à retrouver la fluidité narrative de Byrne, et encore moins sa finition. Tom Palmer impose sa vision esthétique des détails, un peu plus rugueuse que celle de Byrne, pour mieux retrouver la sensation authentique, garantie d'époque. Cet effet est encore plus saisissant pour les quelques cases encrées par Joe Sinnott sur les personnages des Fantastic Four. Le résultat n'est pas désagréable, mais il apparaît parfois un peu grossier, un peu encombré, avec une proportion déraisonnable de personnages à la bouche ouverte. Le lecteur retrouve tous les tics graphiques de l'époque qui ont été petit à petit abandonnés au fil des décennies suivantes. Même Grégory Wright (le metteur en couleurs) s'applique à restreindre sa palette, à limiter les effets spéciaux à base de couleurs, et à préférer les couleurs vives et primaires. Byrne, Palmer et Wright ont tout fait pour que, d'un point de vue visuel, ces épisodes soient raccord avec ceux d'époque.
Le scénario et les dialogues s'inscrivent dans la même volonté de se glisser dans les codes spécifiques de la fin des années 1960. Les bulles de pensée sont de retour, les dialogues sont ampoulés et explicatifs, avec des sommets ahurissants lorsque Ka-Zar s'exprime dans un anglais vieillot et tarabiscoté, plus encore que celui de Hank McCoy. Les histoires sont linéaires au possible, avec un enjeu un peu déconcertant. Dès le premier épisode, Byrne se livre à des retours en arrières et à des rappels appuyés sur les épisodes précédents. Au départ, le lecteur peut penser qu'il s'agit surtout de familiariser les nouveaux lecteurs (ceux des années 2000) avec des épisodes vieux de 30 ans. De ce coté, Byrne fait bien son travail et le lecteur peut suivre toutes les histoires même s'il n'a pas lu les épisodes de Roy Thomas et Neal Adams. Mais au vu de l'insistance de Byrne à revenir régulièrement sur les mêmes événements, le lecteur finit par comprendre que l'objectif principal de ces rappels est de prouver à quel point Byrne s'est montré astucieux en imaginant ces nouvelles aventures qui s'insèrent parfaitement dans la continuité de l'époque. Effectivement il rajoute ces histoires en intégrant les apparitions des X-Men dans d'autres séries, en inventant de nouvelles péripéties cohérentes avec la continuité et il se paye même le luxe d'intégrer des éléments d'histoires à venir (l'apparition d'une future X-Woman, une manifestation rapide de la force Phénix). Pour lutter contre la trop grande linéarité, Byrne scinde l'équipe en 3 groupes différents. Mais il est difficile de croire qu'alors que le groupe de Cyclops traversent aventure après aventure, Lorna et Alex passent leur temps à survoler la Terre Sauvage de long en large, et en travers, et encore une fois d'ans l'autre sens.
Au final l'exercice de style est parfaitement réussi ; seules les couleurs un peu vives et les gadgets électroniques un peu trop modernes détonnent par rapport aux épisodes originaux. Mais cette même réussite fait que ces épisodes s'adressent exclusivement à des fans de cette époque, et que les lecteurs qui y sont insensibles se retrouvent devant une narration vieillotte, avec un scénariste qui s'autocongratule de son habilité. L'exhumation d'un passé qui n'a jamais existé se poursuit dans
The hidden years 2.