Enragé, engagé. Destructeur, auto-destructeur. Politique, citoyen. Décharné, artistique.
Nous sommes au début de l'année 2000. Quelques semaines auparavant était apparu discrètement dans les bacs "Swastika Eyes". Un rock brutal martyrisé par de l'electro sans sens, où Bobbie Gillespie, chanteur de Primal Scream, s'épuise à crier haut et fort de manière incompréhensible les dérives du capitalisme, qui selon lui, a des yeux de Swastika.
Quand "XTRMNTR" débarque, les chroniqueurs s'enflamment. L'album débute avec une phrase incendiaire: "Destroy, kill all hippies". "Vous avez l'argent, j'ai mon âme" chante encore Gillespie, sur une musique machiavélique. Le morceau laisse ensuite place à des guitares saturées, où l'on distingue une mélodie dans cet océan d'absurdité. Sur un rythme effreiné et sans complexe, Primal Scream signe au long de cet album incroyable la bande son idéale de la première manifestation alter-mondialiste de Seattle... avec un brin d'ironie judicieusement placé où il le faut.
Dans l'amoncellement de qualités de cet album l'on distingue les superbes "Keep Your Dreams", ballade harmonieuse et émouvante perdue en pleine tempête, et l'exceptionnel "MBV Arkestra" dérivé d'une oeuvre du groupe My Bloody Valentine. Votre hôte tient d'ailleurs son surnom RQSTR de ce morceau, provenant de la manipulation de l'art à la sauce Primal Scream. En effet, outre sa musique géniale, Primal Scream a mis un point d'honneur à réaliser un pochette en adéquation avec la musique. A lui seul, ce travail mérite un détour.
Un an après "XTRMNTR", et juste un mois avant le 11-Septembre, Primal Scream jouait en concert la maquette de "Rise" (extrait de l'album suivant et décevant "Evil Heat"), initialement appelée... "Bomb The Pentagon".
Et l'on distingue ici un des grands talents de Primal Scream: l'auto-dérision dans un projet sérieux. Car si XTRMNTR est exceptionnel dans son message et la manière de le faire passer, il encline l'auditeur à avoir du recul sur lui-même et ce qui l'entoure, y compris sur le contenu de ce qu'il est en train d'écouter. Une démonstration par l'absurde dans toute sa splendeur.