Un beau jour, un fléau s'abat sur le monde : Toute la population mâle de la planète, aussi bien chez les humains que chez les animaux, meurt soudainement d'une épidémie à l'origine inconnue. Le "chromosome Y" n'existe plus...
Dans leur petit appartement, le jeune Yorick et "Esperluette", son petit animal de compagnie (un singe capucin), semblent être les seuls survivants. Dans un monde où tout bascule, démarre alors une incroyable odyssée, durant laquelle le jeune homme va mener une quête désespérée afin de rejoindre son grand amour, perdue à l'autre bout du monde, et rechercher une réponse à la question essentielle : Pourquoi lui ?
Grande série à succès du label Vertigo (les comics adultes réalisés par des auteurs ayant les mains libres), "Y (prononcez "Why"...) The Last Man" est avant tout une œuvre majeure du brillant scénariste Brian K. Vaughan. Ce dernier s'empare ici du récit de genre post-apocalyptique ("post-apo" pour les intimes), auquel il va apporter ses lettres de noblesse, tout autant qu'une couleur particulière. Son style narratif donne la part belle aux personnages, dont il soigne la caractérisation de manière élégante et profonde, donnant lieu à des relations intenses et des passages poignants. Le déroulement de l'intrigue est limpide et linéaire, parsemé de flashbacks venant peu à peu apporter des éléments afin d'offrir toutes les réponses attendues par le lecteur au fur et à mesure des aventures de Yorick et ses ami(e)s. La toile de fond est passionnante, qui développe une réflexion objective sur nos sociétés : Son étude de la place de la femme dans le monde contemporain est imparable. Son regard éclairé sur les rapports entre les sexes, avec tous ses contrastes et toutes ses complémentarités, mérite franchement le détour. Mais surtout, ce concept qui oblige le lecteur à épouser les grandes problématiques humaines par le biais d'un monde essentiellement composé de femmes, dirigé par elles, vécu et subi exclusivement par ces dernières, nous offre une relecture neuve et intrigante de notre parcours humain socialisé. Ainsi, de nombreux thèmes comme la science, le clonage, la politique, la loi -soit les grands questionnements de notre temps-, sont éclairés sous un jour complètement nouveau qui n'en appuie que davantage les errances et les mauvais traitements. Un sacré tour de force scénaristique !
Je ne mets que trois étoiles à ce premier recueil car personnellement, je trouve que les premiers épisodes sont de loin les moins intéressants de la série. Le traitement linéaire apporté au début de l'histoire, ainsi que la structure du récit, apparentent "Y Le Dernier Homme" à des séries bien de chez nous, comme celles du scénariste Jean van-Hamme (
XIII ou
Largo Winch par exemple). En soi, ce n'est pas un mal, bien sûr. Mais du coup, toute cette première partie manque de mordant et d'originalité formelle. En réalité, je trouve que le problème vient surtout de la dessinatrice : Pia Guerra réalise un travail aseptisé, au manque total de caractère et d'inventivité, aux personnages lisses (tout le monde a la même tête et les mêmes expressions !), cadrés avec paresse et redondance. On se croirait chez Steve Dillon, avec de la personnalité en moins !
Il faudra attendre le milieu du prochain recueil pour que le travail de longue haleine initié par le scénariste porte ses fruits et hisse le récit à un niveau supérieur sur le terrain de l'originalité et de la profondeur. Car Brian K. Vaughan est comme ça : Ses séries gagnent à être lues sur la longueur. L'histoire ne cesse de s'étoffer et de s'enrichir au fur et à mesure, le tout pimenté d'un flot de références pop-culturelles, d'un second niveau de lecture pointu ("Esperluette", le nom du singe/compagnon de Yorick fait-il référence à la "27° lettre de l'alphabet" -presque tout de suite après le "Y"-, ou bien doit-on y rechercher l'une de ses nombreuses origines diverses ?), d'un sens de l'humour et du détail de très haute volée. Accrochez-vous, car vous allez voir que le scénariste avait une vision précise de sa série dès le départ, et qu'il en maitrise la destinée jusqu'à la fin (alors que beaucoup de lecteurs ont été déçus, j'y ai trouvé l'une des plus belles fins ouvertes qu'il m'ait été donnée de lire au pays des comics, poignante, poétique et lyrique), apportant au au bout du compte les réponses à toutes les questions relevées.
Au final, "Y Le Dernier Homme" se présente comme une série plutôt banale sur le début, qui va se montrer des plus originales sur la durée (ne pariez pas trop vite sur la position de Yorick (toutes les femmes du monde pour lui seul !), car le héros de Brian K. Vaughan échappe à tous les clichés et risque de ne jamais aller là où vous le pensez)...
Ce premier recueil regroupe les épisodes #1 à 10, publiés à l'origine en 2002. Plus tard, certains épisodes seront dessinés par d'autres artistes (Goran Parlov par exemple), bien qu'hélas, Pia Guerra demeure la dessinatrice en titre jusqu'à la fin.
Les éditions Urban Comics ont bien fait les choses en réalisant une collection volumineuse (et luxueuse) en cinq tomes, agrémentée d'un tas de bonus et d'un rédactionnel très instructif.