Aimer Yes, c'est comme avoir le bac, ça ne fait pas forcément de vous quelqu'un d'intelligent...
Ne pas aimer Yes, c'est comme ne pas avoir le bac, ça ne prouve pas non plus votre intelligence...
Yes est un groupe qui a souvent eu mauvaise presse (c'est un euphémisme!). L'origine du mal vient certainement de la perfide Albion, dont les rock-critics réputés pour leurs retournements de vestes ont, dans leur immense majorité, enterré ce groupe dans le milieu des 70's (alors qu'ils le portaient aux nues 3 ans auparavant)
Dans la France suiveuse, un certain Ph. Manoeuvre en a souvent fait son souffre douleur. Bien que grand érudit rock, dandy stylé à la répartie vitriolesque, j'ai toujours eu des doutes quand aux réelles compétences musicales du pape des rock-critiques français. Depuis qu'il a arrêté l'alcool et se grandit à la "nouvelle star", on se dit que pas mal de gens se sont fait enfumer!
Dès le départ, Yes se vit accuser de défauts rédhibitoires: un chanteur à la voix haute, diaphane et voilée qui allait à l'encontre des standards du rock ( Gueddy Lee ou Brian Johnson aussi, mais eux ils avaient des c.....es au moins!)
Une propension à l'emphase, voire au pompeux , reproche le plus souvent formulé contre Wakeman et ses escadrilles de claviers! Le problème est que ces critiques émanent presque toujours de personnes n'écoutant jamais ni Bach, Stravinsky ou Mozart. Ou alors, il faut jeter tous les magnificats et toccatas de Jean Seb à la poubelle?
La plupart du temps, les détracteurs de Yes n'ont jamais écouté plus d'un morceau et demi ( et encore!) ou en sont restés à " Owner of a...", si peu représentatif. Les seuls adversaires de Yes que je supporte sont les champions de la mauvaise foi, les empècheurs de planer en rond qui me font pisser de rire, tant leur imagination est prompte et fertile à dézinguer ces pauvres progueux. Mais pour un talentueux délateur, combien d'insipides suiveurs?
Ce livre est épatant, écrit par un fan intelligent et lucide (ça existe!). C'est une mine d'anecdotes, mais aussi une analyse très argumentée de cette musique si difficile à appréhender, mais qui ne vous lâche plus une fois apprivoisée.
Anecdote marrante: Malcolm McLaren,mentor des Sex Pistols (paix à son âme) qui dit être un grand fan de Yes (il est ami de Chris Squire, le bassiste ) mais ne l'a jamais avoué, de peur de se faire lyncher.
Le guitariste des " Red Hot " qui met "Close to the edge" dans les cinq meilleurs albums de rock toutes périodes confondues, Les patrons d'Atlantic qui fin 60's parient sur les deux plus prometteurs groupes de rock: Led Zep et Yes... Ca remet un peu les pendules à l'heure!
Alors question à deux balles: peut-on aimer Yes sur le tard? Pratiquement impossible, mon capitaine! Cette musique demande pour être découverte d'avoir encore la naîveté de l'enfance (ou au moins de l'adolescence). Peut-être quelqu'un capable de s'enfiler à la suite l'offrande musicale et les variations Goldberg ( de Bach, oui!) y arrivera, mais rien n'est moins sûr!
La musique de Yes est une synthèse de multiples influences, des Beatles à Stravinsky, de Chet Atkins à Hendrix, mais est toujours originale, loin d'un collage surréaliste et c'est ce qui en fait son intemporalité.
Ce livre est donc à conseiller aux fans de Yes, mais ceux-là intégristes y trouveront certainement à redire!
Il est aussi à conseiller à ceux qui ne connaissent pas ce groupe ( un minimum d'intelligence et d'ouverture d'esprit étant néanmoins requis!) car il dépeint aussi une époque révolue ou la tolérance, le mépris des étiquettes, le formidable brassage artistique étaient de mise: étonnante anecdote ou l'on apprend que juste avant sa mort le grand Jimi avait envisagé de s'associer avec ELP pour créer HELP , projet tombé à l'eau pour cause de pizza!
Bref un bouquin qui infirme plein d'idées reçues et dont le principal défaut est sa couverture peu engageante, à l'esthétique de thèse universitaire et qui vous donne envie d'aller vous replonger dans "Views" de Roger Dean.