Si la carrière de Yael Naim doit beaucoup au single
« New Soul », ce « deuxième premier album » – puisqu’elle renie son premier opus (
In a Man’s Womb, 2001) – est une petite merveille de pop sophistiquée. Derrière cet évident morceau-phare, emmené par des cuivres nonchalants
, il y a bien d’autres chansons à découvrir. Car
Yael Naim est un disque varié, un panaché d’émotions et de compositions, variant de l’allégresse à la mélancolie, le tout baignant dans une permanente douceur, qu’enchante une voix douce, juste et délicate. L’album débute avec la berçante nostalgie de
« Paris », aux couplets en hébreu et aux refrains en français (« Oui je suis si heureuse, alors pourquoi la nuit je pleure ? »). La chanson donne le ton : nul éclat ici, mais des émotions feutrées, tout comme les compositions qui les dépeignent. Le pari de chanter en hébreu est louable tant cette langue aux sonorités âpres s’accorde parfois aussi mal à la pop que l’allemand ou le néerlandais. Or, le résultat est franchement convaincant, comme l’atteste plus de la moitié des morceaux (l’autre partie étant chantée en anglais).
« Too Long » est l’une des plus belles réussites du disque. Combinant folk et electro, orné de cuivres discrets et de mellotron, la chanson rappelle, tantôt
Vespertine (Björk) par ses voix flottantes et comme « aquatiques » et tantôt une mélancolie veloutée à la façon du
« Fragile » de Sting.
« Pachad » fait la part belle au piano, avec un début très jazzy, enchaînant sur une mélodie triste et pénétrante – par instants soulignée au violoncelle. A l’inverse,
« Yashanti » est tout à l’apaisement, douce et légère comme un printemps, tandis que la malicieuse reprise de
« Toxic » de Britney Spears rappelle les expérimentations d’Emilie Simon, dans une version plus minimaliste.
L’ambiance générale de
Yael Naim est introspective et intimiste, ce que mettent en valeur des compositions légères et finement étoffées (violoncelle, bruitages, nappes synthétiques, etc.), le tout s’accordant dans une mesure impeccable. « Toutes les chansons de l'album ont été écrites », déclarait la chanteuse, « en une période très courte. Cette période suit une rupture, on le ressent dans les textes. J'avais besoin d'exprimer mes sentiments » (*).
Le label Tôt ou Tard (Vincent Delerm, Thomas Fersen, Da Silva, Françoiz Breut, etc.) peut se féliciter d’avoir, une fois de plus, eu le nez creux. Brassant folk, pop, electro et jazz, cet album est tout simplement très beau. Et touchant. Et jouissif. Que demander de plus à un disque de pop ?
(*) Interview pour le site internet de l’UEJF.
Mikaël Faujour - Copyright 2012 Music Story