Chroniquer un album de Morrissey est toujours un exercice compliqué en même temps que, très certainement, totalement inutile. Comme pour tous les « vieux » du rock (Rolling Stones, Bowie, U2, REM, etc), tout le monde s''est déjà fait depuis longtemps son opinion sur lui, et il est bien évident qu''aucune bonne critique ne saurait inciter quelqu''un qui ne l''aime pas à acheter son disque, de même qu''aucune mauvaise critique ne saurait dissuader un fan de le faire. Alors allons-y le plus objectivement possible : « Years of refusal » est un bon Morrissey. Pas un grand Morrissey, mais un bon Morrissey (voire un très bon).
« Something is squeezing my soul », placé en ouverture, plante d''emblée le décor : finis les fioritures, les violons et les minauderies du disque précédent, « Years of refusal » revient à un son beaucoup plus basique placé sous le signe quasi-unique de la Sainte Trinité du rock, basse, guitare, batterie. Et puis ce morceau est vraiment une surprise de taille : Morrissey n''avait plus autant « rocké » depuis l''excellentissime album « Your arsenal » de 1992. Tant mieux. Mais les choses redeviennent tout de suite beaucoup plus classiques avec « Mama lay softly on the riverbed » dont la mélodie est presque familière. Ensuite, pendant tout l''album, on oscille entre nouveaux rocks bien pêchus (« Black cloud », « Sorry doesn''t help », « I''m ok with myself »), pop songs aux mélodies mélancoliques (« I''m throwing my arms around Paris »), grands morceaux comme seul Morrissey est capable d''en composer (« One day goodbye will be farewell », « It''s not your birthday anymore »), obligatoire ballade crève-c½ur (« You were good in your time ») et un peu de kitsch comme il y en a toujours chez Momo (« When last I spoke to Carol » et ses trompettes mexicaines). Là où notre homme ne s''est quand même pas trop foulé, c''est qu''il a inclus ici aussi les deux inédits parus sur sa compil'' de l''an dernier, « That''s how people grow up » et « All you need is me ». Mais bon, ce sont deux bons morceaux (surtout le premier), donc on lui pardonne'.
Alors évidemment, il n''y a absolument rien de révolutionnaire dans cet album : sonorité plus rock ou pas, Morrissey fait du Morrissey, point final. Maintenant, Momo est l''un des très rares artistes rock actuels à avoir vraiment son univers à lui, son propre style totalement inimitable qui ne ressemble vraiment pas à grand chose d''autre de connu, et c''est quand même avant tout pour ça qu''on l''aime (ou pas). Franchement, qui aurait envie d''un virage R''n''B ou country de Morrissey ? Personne, on s''en doute. Voilà, les fans achèteront donc ce disque et s''empresseront de placer l''enchaînement « That''s how people grow up » / « One day goodbye will be farewell » / « It''s not your birthday anymore » parmi ce que notre homme a fait de mieux en solo. Les autres continueront à l''ignorer comme d''habitude. Et le monde continuera de tourner.