Le retour de cet homme charmant (
« This Charming Man ») et la colère face au système…On ne saura rien de la présence du bébé sur la pochette (en fait le fils d’un assistant de tournée). On n’en saura pas davantage de là où s’en trouve le chanteur de son amour haineux pour la Grande-Bretagne, ni de son éternel passé d’ancien chanteur des Smiths. On se souviendra simplement que son effort précédent (
Ringleader of the Tormentors), presque primesautier, n’avait pas rencontré son public, au contraire de ses tentations d’un rock efficace, brutal, et très formaté au marché d’outre Atlantique, et que, l’un dans l’autre, un chanteur enregistre des disques aussi pour les vendre. Il reste donc des données objectives, ce qui n’est déjà pas si mal.
Enregistré en un peu plus de deux mois (à la toute fin de 2007, et c’est toujours étrange d’évaluer aujourd’hui ce qui pour l’artiste appartient désormais à son passé créatif) en Californie, et produit par Jerry Finn (Blink-182), juste avant que ce dernier ne disparaisse, emporté par une hémorragie cérébrale,
Years of Refusal intègre donc le claviériste Roger Manning (longtemps compagnon de Beck), et sanctionne l’absence, durant les sessions, du fidèle guitariste Alan White (bien que compositeur ici de cinq mélodies). On y retrouve naturellement celui qui a endossé au fil des années la défroque de directeur musical de notre homme du Lancashire, le guitariste Boz Boorer, ainsi que l’ancien batteur des Smashing Pumpkins Matt Walker. La production incisive, les compositions acérées, peuvent, comme mentionné ci-dessus, évoquer la performance de l’album
You Are the Quarry (2004).
Mais le Britannique ayant une sainte horreur de la redite, n’admettra que le caractère percussif des compositions, le grondement ininterrompu des guitares, et le caractère généralement agressif de l’ensemble. Par-delà ses contradictions (comme celle d’inclure dans l’album
« All You Need Is Me », chanson déjà ancienne qui figurait sur le
Greatest Hits de 2008), Morrissey enfile les tubes potentiels (en commençant par l’ouverture en fanfare de
« Something Is Squeezing My Skull ») comme certains de ses contemporains les perles. On relèvera l’empreinte de Queen (
« Mama Lay Softly on the Riverbed »), quelques brouillages électroniques, et autres fantaisies latines (
« When Last I Spoke to Carol »), ou le recyclage patenté et rusé de riffs déjà anciens.
Mais toujours s’ébrouant comme un chien fou dans la norme, la diva conserve assez de lucidité pour, à la fois gémir de la triste condition de quinquagénaire qu’il est devenu (presque par surprise), et à la fois convenir qu’il y a plus profond traumatisme dans l’existence. Ou que la terre s’arrête rarement de tourner en apprenant qu’il n’y a pas d’amours heureux (
« It’s Not Your Birthday Anymore »). Par ailleurs, et au risque d’enfoncer une porte béante, Morrissey chante toujours aussi merveilleusement bien. Bonnes nouvelles des étoiles et de la star, pleine de fougue, de chaleur humaine, et d’intelligence.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story