Si l’on considère que les Pet Shop Boys ont essentiellement consacré les dernières années écoulées à une triomphale tournée mondiale à tiroirs, à la poursuite de l’édition de remixes de leurs très riches heures (
Disco 4 est sorti en 2007), à la collecte, le front modeste mais l’âme fière, de multiples récompenses attribuées par leurs pairs de l’industrie phonographique (et en particulier un British Award pour l’ensemble de leur carrière), et à quelques collaborations dans l’air du temps (Lady GaGa est passée entre leurs mains expertes),
Yes célèbre vraiment le retour du duo sur le front de la créativité, après deux années d’abstinence.
Produit par Brian Higgins et le staff entier de Xenomania (qui a également pris en charge la co-composition de trois titres, dont «
Love etc », premier single extrait du programme, et manifeste d’une certaine pop essentielle), ce dixième album a mobilisé quelques invités prestigieux, dont l’arrangeur pour cordes Owen Pallett (enrobeur en chef des mignardises de The Last Shadow Puppets, ce qui s’avère particulièrement sensible dans la chanson
« Beautiful People »), et, surtout, celui qui restera à tout jamais un ancien Smiths, le guitariste Johnny Marr, dont la collaboration s’avère fructueuse dans
« More Than a Dream » et son riff funky.
Dans
« All Over the World », les Boys s’amusent avec le thème de
Casse-Noisette de Tchaïkovski, tout en retrouvant des sonorités de claviers dont Trevor Horn s’était fait la spécialité. Si
« Did You See Me Coming » décline la face disco la plus convenue du duo,
« Vulnerable », en revanche, retrouve dans l’évocation de la difficulté à être une personnalité publique, un sens très personnel de la théâtralisation de la mélodie.
« Building a Wall » offre une vision réfrigérée des années cinquante et de la guerre froide, mais le bien plus fascinant
« King of Rome » réunit par une trompette rêveuse les brillances de velours de Massive Attack et de Sade. Dans
« Pandomenium » (une écoute seule, et un refrain mémorisé, un), les Anglais enterrent définitivement toute concurrence qui aurait l’audace de se déclarer, alors que
« The Way it Used to Be » évite de plonger avec gourmandise dans les vieux albums d’ABBA.
Cet album immaculé s’achève avec les plus de six minutes d’un
« Legacy » où Marr démontre son aptitude aux arrangements luxuriants de percussions, et autres cordes ivres : on ne se situe plus alors dans la pop consommable, mais dans la démesure, la construction grandiose, et l’extase sonique. A l’heure où s’annonce à grands fracas le retour d’une certaine pop brillante et confortable,
Yes rappelle à bon escient que les Pet Shop Boys sont loin d’avoir abdiqué.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story