Film dit « d'horreur », tourné en 1959, où Georges Franju devait tenir compte d'une censure plus intolérante que celle d'aujourd'hui.
Tourné dans un noir et blanc superbe, admirablement restauré par « Criterion », la photographie est particulièrement soignée ainsi que la mise en scène : on ne s'en étonne plus lorsque l'on retrouve Claude Sautet en tant que 1er assistant réalisateur et responsable de l'adaptation du roman.
L'intrigue peut faire sourire aujourd'hui, où l'on est gavé d'effets spéciaux à gogo. N'empêche, elle ne laisse pas indifférent.
La distribution est prestigieuse avec Brasseur père et fils, Valli, inquiétante à souhait dans son rôle de pourvoyeuse de jeunes filles.
Franju disait qu'il fallait filmer la réalité : elle est toujours beaucoup plus effrayante que la fiction.
Il confirme ce jugement dans le court-métrage adjoint au film : « Le sang des animaux ». Franju filme les abattoirs de La Villette et de Vanves en 1949. Il nous montre l'exécution de chevaux, vaches, l'égorgement en série, de veaux, moutons... Le commentaire est cynique, féroce. L'horreur surréaliste de ces scènes donne le frisson. On ne regarde plus le steak dans son assiette, de la même façon.
Le thème, si particulier, est traité avec un souci constant de l'esthétique, un travail du noir et blanc auquel on n'est plus habitué aujourd'hui. Malheureusement, l'image n'a pas été restaurée sur un film qui le méritait. Un documentaire lyrique à épargner aux âmes sensibles.