A l’échelle de la pop, sept années équivalent à deux ou trois générations. Un artiste qui laisse passer autant de temps entre deux albums a donc, au moment de son retour, à peu près autant de chances de rencontrer l’indifférence générale (le public vous oublie vite) que de relancer sa carrière (le public vous redécouvre).
Dans le cas de Morrissey, on se situe clairement dans le second cas de figure, comme le montre l’éclatant succès rencontré par l’album avec lequel il signa son retour,
You are the quarry. Il est vrai que ce succès n’a rien d’étonnant lorsque l’on écoute le disque en question ; celui-ci rassemble en effet quelques-unes des chansons les plus efficaces et les plus irrésistibles jamais enregistrées par Morrissey, serties dans une production calibrée pour les radios américaines (Jerry Finn, l’homme derrière la console, est l’un des artisans du succès de Blink 182 ou de Green Day, ce qui situe assez bien le niveau d’ambition commerciale de l’album). A plusieurs reprises,
You are the quarry évoque d’ailleurs l’immédiateté de
Your Arsenal, le côté « rock’n’roll décérébré » en moins, l’ironie acerbe des textes en plus.
Car les mots de Morrissey n’ont rien perdu de leur superbe : tour à tour sarcastiques («
I like you » ), mordants («
The world is full of crashing bores »), ou simplement touchants (le tubesque «
First of the gang to die »), ils se sont simplifié, pour mieux toucher à l’essentiel.
Précisons encore, car on le dit trop peu, que Morrissey n’a jamais aussi bien chanté (sa voix, à elle seule, fait tout le prix de titres comme «
America is not the world »), et l’on comprendra que
You are the quarry vaut bien mieux que ne le laisse supposer son statut d’ « album du retour ». Si le terme n’était pas si galvaudé, et s’il ne s’appliquait pas si mal à un artiste aux vies artistiques multiples comme Morrissey, on parlerait ici de « renaissance ».
Thibaut Losson - Copyright 2013 Music Story