Pas besoin de prendre des heures pour préparer une bonne
soupe, certaines peuvent se faire
en deux temps, trois mouvements. Qu'elles soient au potiron, aux marrons, aux poivrons, elles ne vous prendront qu'une vingtaine de minutes maximum. La recette est facile: chauffer à feu doux, remuer, jusqu'à ce que votre soupe soit veloutée. Peut-être essaierez-vous aussi le potage? Qu'il soit mouliné, en bouillon ou velouté, là encore, le potage est un concentré de vitamines que l'on déguste pour se réconforter. Pas besoin d'être exigeant. La préparation est assez facile là encore. Et tout le monde est satisfait. Tant que ça réchauffe... Bah, voilà, si l'on veut du bon jazz vocal, faut ressortir tous les poncifs qui lui sont propres: une voix chaude et surtout des violons à tire larmes, une sensiblerie dégoulinante, un côté soul et même pop, et voilà le tour est joué... Vous pouvez servir.
Aussi, de plus en plus relayé par des médias sans doute plus obnubilés par leurs recettes publicitaires que par la beauté formelle de ce qu'ils défendent, je suis consterné de retrouver le plus souvent au somment des classements de vente "jazz" une sorte de bouillabaisse vocale qui se sert des
codes esthétiques du jazz ancrés dans l'inconscient collectif (ici, une ambiance interlope feutrée, les bons sentiments et toujours les bons sentiments) pour se parer d'un caractère dont il manque absolument. Bref, ce "Young Bones" (disque sorti chez Sony en 2007...) est au jazz ce que
Mickey est au cinéma. Un disque que l'on peut faire écouter à ses mioches dès l'âge de quatre ans, surtout si l'on veut qu'ils aient le cerveau ramolli... Non pas que Malia ait une voix inintéressante. Elle n'est pas non plus une inconnue:
Laurent de Wilde l'a eu un temps au sein de son combo.
Mais ici, l'environnement (soufflants, orchestration, violons, Manoukian au piano, Katché aux percussions) est boursoufflé comme ce n'est pas permis (il suffit d'écouter "City Promises" pour s'en convaincre...). Maquillage excessif qui cache un manque de saveur évident (c'est un peu comme si vous rajoutiez du miel dans votre bouillabaisse, voyez le genre?). Ce produit marketing comblera donc un public adolescent, ou bobo en quête de tranquillité absolue, peu exigeant au regard des clichés qui peuvent sortir d'une galette (du gospel dans "Richer Than Bill Gates", du swing dans "Mr Candy", ou encore ce claydermanisme insupportable dans "The Stern, The Thorn, The Rose", au point que l'on croirait entendre la B.O. de
Titanic), le pire étant peut être atteint avec "Ain't Got No" (qui renverra les amateurs du côté du château de la Star Ac)... Conclusion: entre la soupe, le potage ou la bouillabaisse, oubliez le tout. Tournez-vous plutôt vers un bon rumsteack saignant, style Dinah Washington, Carmen McRae ou encore Betty Carter. Désolé d'être aussi péremptoire...