Faisant suite à une période de remise en question qui faillit avoir raison de sa carrière en 1969, l'album
Young, Gifted And Black (1971) suit de peu l'excellent
Spirit In The Dark avec lequel il n'a aucun mal à rivaliser. Depuis qu'elle est apparue à la télévision avec quelques kilos en moins, tout semble de nouveau sourire à Aretha Franklin qui écrit d'autres chansons. Toutefois, l'essentiel du répertoire est ici composé de standards qui rendent hommage à Nina Simone, Otis Redding, les Beatles, Burt Bacharach ou Elton John dont elle reprend "Border Song". La tension du précédent album est encore palpable lorsqu'elle évoque son divorce sur "All The King's Horses". Si l'inspiration est profane, la ferveur, elle, est bel et bien celle du gospel, comme le souligne l'accompagnement inspiré de Billy Preston, Grady Tate et Cornell Dupree, comme les churs tenus par les Sweet Inspirations. À noter, la présence de Donny Hataway, ainsi qu'un titre très funky qui se placera dans les charts: "Rock Steady". Dans la foulée, la reine de la soul connaîtra la consécration avec un enregistrement public :
Aretha Live At The Fillmore West.
--Philippe Robert
Le problème essentiel reste qu’Aretha Franklin est une artiste, et ne travaille pas pour le début de soirée d’une chaîne de télévision française. C’est à dire que peu lui chaud les palmarès, et autres
best of, ou classements. Ainsi,
Young, Gifted and Black (déjà, le titre) est-il le meilleur album de la deuxième période de la chanteuse sur le label Atlantic, ou est-ce
This Girl’s In Love With You, ou un autre enregistrement, ou quelle importance ? Considérons donc le disque pour ce qu’il est : une œuvre à part entière, et pas une simple collection de singles.
En ce sens,
Young, Gifted and Black est un grand album, c’est à dire une vaste maison dans laquelle on se sent à son aise, car aucune pièce ne ressemble à aucune autre, et parce que les tapisseries n’ont pas le temps de défraîchir. Tout d’abord, et s’il faut découper le gâteau en tranches, force est de constater que la compositrice de
« Rock Steady » et
« Day Dreaming » est à son meilleur, se permettant, cerise sur le gâteau, d’écrire des chansons qui seront des hits. En plus. Ensuite, la dame (mais ce n’est pas une nouveauté), sait parfaitement s’entourer : Dr. John, les sœurs Franklin aux chœurs, Donny Hathaway et son piano électrique liquide, les Memphis Horns, ou l’orgue liturgique de Billy Preston, se sont manifestement empressés d’accompagner la diva dans l’aventure. En outre, la chanteuse apporte toujours autant de soin à décliner, et choisir, des mélodies diverses, mais toujours aussi lumineuses (la chanson-titre, signée Nina Simone, ou une version culottée de
« The Long and Winding Road » des Beatles, ou le
« Border Song » d’Elton John, pour en extraire tout le suc).
Enfin, elle chante. Aretha Franklin chante, au mieux du pic de ses capacités, et de sa sensibilité, et de sa fougue, et cela devrait suffire à désintégrer tous les inventaires. Alors, il est exact qu’on peut doctement s’interroger pour savoir si
Young, Gifted and Black est le meilleur album de cette période de la chanteuse. Mais on peut se satisafire d’écouter simplement la musique, aussi.
Parmi une noria de six singles,
« Brand New Me » et
« Day Dreaming » atteignirent la première place des classements de vente des 45-tours de musique noire. Et l’album fut gratifié du Grammy Award de la « Meilleure performance féminine de rhythm and blues » de l’année.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story