Dès les premières mesures de
Your Arsenal, une évidence s’impose : cet album marque une nette volonté de durcir le ton, après un
Kill Uncle jugé trop evanescent par son auteur lui-même.
De fait, tous les signes extérieurs d’un disque de rock pur et dur sont ici présents, de la pochette (une photo de scène montrant Morrissey dans le feu de l’action) au choix des musiciens (un gang de petites frappes issues de la scène rockabilly), en passant par celui du producteur (Mick Ronson, ex-éminence grise de Bowie durant sa période glam).
Your Arsenal s’affiche ainsi comme un album simple et direct, faisant la part belle à l’énergie des guitares, tout en ménageant ça et là quelques temps d’acalmie empreints d’une sourde mélancolie («
Seasick, yet still docked »), d’un lyrisme un peu surrané («
I know it’s gonna happen someday ») ou d’un optimisme pop à l’entrain irrésistible («
Certain people I know »).
Musicalement réussi, et reconnu comme tel par la critique de l’époque (certains, emportés par leur enthousiasme, parlèrent même d’un « cinquième album des Smiths » - n’exagérons rien tout de même...), l’album, avec le recul, souffre cependant d’un problème de taille : ses textes.
Plombés par le manque d’inspiration dont semble souffrir Morrissey à cette époque, ceux-ci sont inhabituellement faibles : sur le fond, ils manquent cruellement de substance (celui de «
You’re the one for me, fatty » (ce titre...) tient en quatre lignes répétées en boucle), et dans la forme, ils sont souvent bien laborieux (le fameux «
We hate it when our friends become successful », bel exemple de texte qui ne vaut que par son titre). Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si, pour la première fois de la carrière de Morrissey, les paroles des chansons ne sont pas reproduites dans la pochette de l’album – un comble pour un parolier aussi doué !
Au final, un disque de facture plus classique que
Viva Hate ou
Kill Uncle, mais qui, paradoxalement, n’a pas aussi bien vieilli que ces deux albums – même si, une fois encore, l’énergie de l’ensemble arrache au forceps l’adhésion de l’auditeur. Même sonné, Morrissey a donc encore gagné ce round...
Thibaut Losson - Copyright 2012 Music Story