J'étais emballé à l'idée de me procurer ce coffret de trois disques compte tenu de la présence de cinq Capriccios qui m'étaient alors inconnus. C'est avec horreur que je constatai en consultant les trois livrets séparés (!), que ceux-ci étaient destinés à deux Corni da caccia et à d'autres instruments (hautbois, violons, alto et b.c.). À l'écoute de ces oeuvres, j'ai eu une vive réaction épidermique; ma chaîne hi-fi également. J'ai donc stoppé net l'écoute, désemparé, énervé, en proie à un désarroi total. Le«bruit» émanant de ces cors est en effet tonitruant, grave et sourd, insoutenable, voire abrutissant. Je venais de perdre la bonne moitié de ce coffret, ne parvenant pas à me rompre à cette dictature sonore.
Et ma déception ne faisait que commencer. C'est que voyez-vous, les oeuvres orchestrales de Zelenka avaient déjà une bonne place dans ma bibliothèque personnelle. La «Camerata Bern» notamment, et l'extraordinaire et époustouflante gravure du «Freiburger Barockorchester» m'avaient procuré des moments extatiques d'une rare intensité. Aussi le défi était de taille. Ouf ! Jurgen Sonnentheil et son bien palot orchestre ont de quoi rougir avec leur bien terne prestations d'oeuvres aussi contrastées et échevelées que l'hipocondrie à 7, ou encore, la simphonie a 8 Concertanti.! Manque total et flagrant de fougue, tempi au ralenti, violon paresseux; l'ensemble converse au neutre pour nous convaincre qu'il s'agit de musique d'ambiance! Donc, après être sorti amoché du tintamarre des Capriccios, on dort au gaz avec une musique d'ascenseur en panne. Le chef se fait un devoir de transformer les «allegros» en «piano» et le résultat est évidemment désastreux.
Car qui est rompu à Zelenka, sait que la marque de commerce de ce compositeur se dessine en contraste, en opposition, en dialogue échevelé, avec partie soliste rondement menée prête à sursauter, à mener l'assaut contre un violoncelle féroce, un violon souverain ou de rageurs hautbois. Toute cette merveille rythmique, toute cette science orchestrale est ici CARRÉMENT occultée. Le résultat est si mou, si ennuyeux qu'on referme ce coffret avec la désagréable impression de s'être fait berner par un imposteur qui enlève à Zelenka ses lettres de noblesse.
La prise de son CPO, étonnamment décevante, est à la hauteur de ce honteux programme.