...écrite en 1922 par Alexandre Zemlinsky, sur des poèmes de Rabinadrath Tagore.
Un cycle avec orchestre sur des poèmes orientaux où chaque voix (soprano, baryton) alterne d'un Lied à l'autre : cela ne vous rappelle rien ? Oui, le compositeur avouait lui-même la parenté de son oeuvre avec le "Chant de la Terre" de Mahler.
Opulent postromantisme, quelques couleurs décadentes, un univers entre impressionnisme et symbolisme : ce décor est aussi celui des "Gurre-Lieder" de Schoenberg, beau-frère de Zemlinsky.
Cette oeuvre forte, d'une étouffante beauté dont l'inspiration ne faiblit jamais, mérite la plus large audience.
D'autres enregistrements suivirent : aussitôt celui de Bernhardt Klee chez Koch (un spécialiste du répertoire choral romantique). Puis Riccardo Chailly à Amsterdam chez Decca (merveilleuse palette instrumentale du Concertgebouw mais prestation contestable d'Alessandra Marc). Et récemment la version de Christophe Eschenbach avec deux excellents chanteurs, récompensée par du Diapason d'or.
Maazel sous-estime peut-être les influences du drame wagnérien mais regarde assurément vers la Seconde Ecole de Vienne. Il dirige ici un Berliner Philharmoniker en acier trempé, un peu froidement capté, véhicule inéluctable d'une histoire d'amour incommunicable entre les deux protagonistes vocaux : une Julia Varady sensuelle, un Dietrich Fischer-Dieskau parfaitement à l'aise dans le zèle déclamatoire que réclament ses Lieder. Complémentaire prestation des deux époux allemands qui défendirent ensuite cet ouvrage sur la scène internationale après cet enregistrement.
Dans le livret, on trouve un texte de présentation signé de Horst Weber mais on déplore l'absence des paroles.
A petit prix, voilà en tout cas une offre incomparablement attractive pour qui veut découvrir cette fresque enivrante et somptueuse.