Après deux courtes années d’un succès phénoménal, T Rex voit sa côte baisser sensiblement. Le rival et ami David Bowie a obtenu enfin sa consécration avec son concept album,
Ziggy Stardust & The Spiders from Mars , et comme pour Marc Bolan auparavant son apparence androgyne est copiée par de nombreux adolescents. Sous l’influence de sa nouvelle choriste et maîtresse Gloria Jones, il entreprend de convertir le son de T. Rex à la soul et au funk. Pour bien marquer le coup, il fait paraître l’album sous son seul nom: la maison de disque acquiescera à moitié lui demandant de rajouter un bandeau sur la pochette spécifiant « Marc Bolan & T Rex ». Poursuivant sa démarche, il tient à faire tourner son groupe avec le titre de l’album :
Zinc Alloy and The hidden riders of tomorrow. « Zinc Alloy » est le pseudonyme que Marc Bolan s’était promis d’utiliser s’il atteignait la célébrité et ce depuis 1971. L'utilisation de ce pseudonyme indique en fait que le chanteur de T. Rex semble nier par cette pirouette désespérée qu'il est en perte de vitesse.
Le producteur et arrangeur Tony Visconti suggéra alors à Marc Bolan de prendre une année sabbatique, de s’ouvrir à d’autres influences et de ne pas sortir de disque. Celui-ci lui répondit qu’il se devait envers ses fans de fournir un album supplémentaire. Tony Visconti lui rappela les démos de l’opéra rock
The children of rarn datant de 1970 : c’était l’occasion ou jamais de ré-enclencher ce vieux projet plutôt ambitieux. Le refus catégorique de Marc Bolan provoqua le départ définitif de Tony Visconti.
Le disque, sans être foncièrement mauvais, manque de cohésion et offre une musique assez désincarnée. Disons qu’ici, on est face au premier album de T Rex où le son prend le dessus sur les compositions. Les teintes « funk » et « soul » des chansons sont tellement poussées à l’extrême qu’on éprouve un sentiment de gène. Les chœurs assurés par de très grandes chanteuses sont excellents techniquement mais la sauce ne prend que rarement. Il ne surnage de cet album incertain que
« Venus loon », le superbe
« Teenage daydream » mini symphonie funk et la suite
« You gotta jive to stay alive - Spanish midnight » qui pourrait être issu de
Tanx . Le reste ne convainc pas et les multiples effets de voix et de guitare lassent à la longue. Le « Spaceage funk » ou la « Interstellar super soul » (définitions de Marc Bolan) abandonne ses anciens fans au pas de la porte et laisse de marbre le fameux public américain que T Rex essaie de capter depuis si longtemps sans succès. Ce sera le premier album de T Rex à ne pas rentrer dans les classements anglais. Mais le pire reste encore à venir.
Sur l'édition du label allemand Repertoire, figurent six morceaux supplémentaires d’avant
Zinc Alloy and the hidden riders of tomorrow qui remontent quelque peu le niveau du disque. Le single
« The Groover /Midinight » est du T Rex de bonne facture bien qu’en dessous de
« Metal guru » .
« Truck on » et
« Sitting here », une ballade dans le style de
« Life is a strange » époque
Tanx, ne sont pas non plus déshonorants ainsi que le plus funky
« Satisfaction pony » face B du remarquable
« Teenage dream ». Une façon pour l’auditeur de constater ce que T. Rex a bien perdu en se séparant de Tony Visconti puisque c’est lui qui produit tous ces bonus.
François Bellion - Copyright 2012 Music Story