En 91, le Rock était Germano-Irlandais. Il suffit de voir Bono en transe, dans un des nombreux concerts du Kolossal "Zootour", criant "this is rock n' roll!!!" pendant un solo de the edge sur "until the end of the world" pour s'en convaincre. Cette petite chose que constitue ces douze morceaux prend de plus en plus une dimension gigantesque avec l'âge...
Toujours escortés de leurs fidèles Eno-Lannois-Lillywhite (ici, c'est même plus qu'un aide; on pourrait presque dire que U2 période "Achtung baby" et "Zooropa" était en fait un quatuor à 7 membres...), le groupe sort tout ce qu'il y a de plus transcendental en eux pour nous pondre le disque rock post-moderne par excellence. Si the joshua tree était l'album du retour aux racines, celui-ci pique plein d'éléments et d'influences à une culture naissante (celle entre autres du zapping télévisuel) pour instaurer un design et un son qui feront date.
Mais loin de s'arreter à ça, il y a dans cet objet hétéroclite une unité, une force que seuls U2 peut encore nous livrer aujourd'hui: "celle de nous faire croire que chacune de leurs chansons ont été écrites pour nous seuls" (Mischka Assayas). Chacun aura ainsi son morceau ou sa phrase ou son son préféré, pensant être quelque part mis à nu par ces musiciens en pleine possession de leurs moyens. Achtung Baby a d'intime son universalité et d'universel ce sentiment de coller au plus près de la vérité de chacun de nous... "We ate the food, drank the wine; everybody having a good time. You, you were talking about the end of the world" déclame un Bono à la voix des mauvais jours.
Achtung Baby enchaine les morceaux inoubliables avec une facilité déconcertante, celle qu'acquiert les artistes laissant une empreinte dans le paysage musical pour au moins le demi-siècle à venir. La palme revenant sûrement à l'enchainement "The fly - Mysterious ways - Trying to throw your arms around the world" montrant l'étendue de la palette U2 de l'époque: l'expérimental accompli, le tube boogie futile et jouissif et la conclusion prouvant une nouvelle fois que ce groupe trouve une forme d'épanouissement à répandre du bonheur simple et sobre...