La réputation de Rémi Brague n'est plus à faire, il est notamment un spécialiste de l'histoire de la philosophie : moyen-âge, christianisme, islam etc.
Le propos de son livre est assez bien synthétisé par son sous-titre : « l'infrastructure métaphysique ».
Si ce propos manque à la fois de poids et de développement, en revanche, il est doublement une bonne nouvelle :
-en la forme, il est savant, et surtout, très bien écrit, quasiment compréhensible par tous, dépourvu de l'habituel verbiage auto complaisant de la plupart des philosophes,
-surtout, et enfin, il constitue une réhabilitation de la métaphysique, si stupidement décriée notamment depuis Kant, en termes d'impossibilité, et principalement, il ne faut pas le dire, en raison des religions, en terme d'inutilité.
Le prisme du suicide avait déjà été utilisé, mais il est certain que la force d'inertie suffisait à expliquer que l'on continuât de vivre indépendamment de la question métaphysique. Ici, l'auteur aborde la question, nouvellement semble-t-il, par le prisme de la natalité. À une époque où, en tout cas en Occident, l'on choisit d'avoir ou non des enfants, donner la vie est une affirmation métaphysique que la vie est un bien, qu'on a le droit, voire l'exigence d'y appeler d'autres après soi. Et penser que l'être vaut mieux que le néant est une affirmation métaphysique. Pour l'auteur dès lors, la métaphysique n'est plus une construction théorique mais apparaît comme une démarche de fond, l'infrastructure même de la vie humaine. Ainsi, l'homme apparaît, aujourd'hui, comme un « animal métaphysique ».