Comme le souligne les autres commentaires, 50 ANS DE CINEMA AMERICAIN rédigé par Jean Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier, fait figure de bible absolue. C'est d'abord une somme incroyable, avec 1200 pages, et une mine d'informations. D'abord sorti sous le titre 30 ANS DE... en 1970, une réédition complétée est parue en 1995. Au menu (copieux) : un rapide panorama du cinéma américain, ses évolutions, ses studios, ses genres, puis deux parties consacrées respectivement aux réalisateurs, et aux scénaristes. Pour chaque nom, une bio, et un commentaire de chaque film (ou presque) réalisés, parfois en deux lignes, parfois en trois pages. Le classement est alphabétique, et tient compte uniquement de la nationalité du metteur en scène. Pas d'européens exilés à Hollywood, ou ayant simplement travaillés là-bas quelques temps.
Les avis des auteurs sont éminemment subjectifs. Ce qui expliquent que certains films que l'on apprécie soit balayés d'un revers de main, expédiés en deux lignes, ou certaines sorties un peu violentes sur quelques monstres sacrés, tel Chaplin ou Kubrick. Tavernier a été attaché de presse avant d'être réalisateur, et il a travaillé avec Kubrick. Collaboration dont il ne garde pas un souvenir mémorable, ceci pouvant expliquer cela... cependant, les auteurs savent aussi reconnaître leurs erreurs, ou jugements hâtifs, en laissant le texte de 1970, et en publiant la nouvelle version de 1995, dans laquelle ils reviennent sur un film, rectifient, remettent en perspective.
Il faut cependant signaler une chose, qui m'a toujours insupportée, dont je ne saisi toujours pas l'intérêt... Tous les films dont il est question, dans les articles, sont en VO. On a beau aimer le cinéma, il est difficile de connaître par choeur les titres originaux des oeuvres. TAXI DRIVER, ça va... 2OO1 A SPACE ODYSSEY ou CITY LIGHTS, on peut deviner... mais dans 90% des cas, surtout chez les metteurs en scène moins célèbres, ou anciens, la lecture de l'article s'avère quasiment inutile si on ne sait pas de quel film on parle... Tout le monde ne sait pas que THE SEARCHERS est LA PRISONNIERE DU DESERT, ou que MY DARLING CLEMENTINE est LA POURSUITE INFERNALE, ou que SHE WEARS A YELLOW RIBBON est LA CHARGE HEROÏQUE ! Vous remarquerez le grand écart entre le titre original et la traduction française ! Et là, on parle de John Ford, qui n'est pas un obscur réalisateur de série B ! Pour avoir la traduction des titres, il faut se référer au lexique (une bonne centaine de pages !) situé à la fin de tome 2 ! Or la partie sur les réalisateurs commencent sur le tome 1. Lexique alphabétique, français/américain, et américain/français mélangés !
Alors, que Tavernier, grand cinéphile devant l'éternel, ait souhaité respecter scrupuleusement les oeuvres commentées, se la jouer dogmatique, en gardant le titre original, soit. Mais que cela se fasse aux dépens de la compréhension du texte, je ne vois pas l'intérêt. Que le titre français apparaisse dans la chronologie présentée à la fin de chaque article, ou même dans le texte lui-même, entre paranthèse, ou en bas de page... mais pas à la fin du second bouquin ! On aurait pu penser que la réédition de 1995 (que je possède) fût aussi l'occasion de remédier à ce problème. Mais non !
A part ce désagrément, qui est loin d'être un détail, cette anthologie est quasiment indispensable, dans laquelle on replonge régulièrement, glaner une info, ou confronter un avis. En attendant l'édition 2015, 70 ANS DE CINEMA AMERICAIN, avec les petits nouveaux, et des titles in french, please.