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7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Kafka au désert des Tartares,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : En attendant les barbares (Poche)
Kafka au désert des Tartares
« Le spectacle de la cruauté corrompt le c½ur des innocents » Aux confins désertiques d'un empire, un Magistrat gère avec bonhomie un petit poste frontière. L'ambiance de départ fait penser au Désert des Tartares de Buzzatti, mais l'impression passe vite. Un jour arrive le colonel Joll (seuls les militaires de l'empire portent un nom) envoyé par le pouvoir central pour enquêter sur un éventuel soulèvement des barbares qui peuplent le désert. Lorsqu'on cherche des preuves on en trouve, surtout lorsque les méthodes les plus brutales et les raisonnements les plus absurdes sont permis. Le colonel reparti, le Magistrat recueille une jeune femme barbare (estropiée par la torture et abandonnée par les siens) avec laquelle il entretient une relation trouble. La vie reprend comme avant, même si le magistrat n'arrive pas à oublier ce qu'il a vu et laissé faire. A la fin de l'hiver il reconduit la jeune femme chez les siens. Au retour de l'expédition, la guerre a été déclarée. Ayant rencontré l'ennemi, il est accusé de trahison et incarcéré. Dehors, les défilés militaires attisent l'enthousiasme et les rumeurs attisent la peur pour asseoir l'autorité de l'état et légitimer la guerre. Mais la lutte sournoise menée par les barbares épuise jusqu'à la déroute l'armée impériale. Tout s'effondre. Le magistrat épuisé par la torture et l'incarcération reprend la gestion de ce qui reste de la ville sous le poids inexorable des saisons et des choses qui reprennent leur cour. La question au c½ur du roman est bien sur « Qui sont les barbares ? ». Attend-on l'arrivée des peuples du désert ou du 3ème Bureau du colonel Joll ? N'y a-t-il pas aussi une pointe de barbarie dans le c½ur de chacun ? Le récit est intemporel et la manipulation implacable des populations, la légitimation de la torture pour obtenir la vérité (que le colonel Joll reconnaît à « l'accent de vérité »), l'enchaînement infernal qui créée la guerre à partir de rien se reconnaissent et se transposent aisément. D'autres thèmes récurrents chez Coetzee sont esquissés : la vieillesse et la déchéance physique ; l'érotisme et la sexualité ; la culpabilité et la compromission ; la souffrance et la dignité. En toile de fond, il faut enfin signaler cette nature sauvage et parfois hostile : désert, montagne, marais superbement évoqués et décrits. Un petit livre très fort, sans vraie conclusion ni message explicite, tout en suggestion pour nous toucher au plus profond de nous même. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Sommes-nous tous des Barbares ?,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : En attendant les barbares (Poche)
Sommes-nous tous des Barbares ?
Aux portes d'un désert que l'on suppose vaste et hostile, se trouve une ville, un avant poste, le dernier avant l'immensité. Le magistrat de cette ville, gérant les affaires courantes en bon père de famille est confronté à l'arrivé du Colonel Joll et de son armée. Car un danger plane, les Barbares devraient attaquer. Les Barbares ce sont les autres, les différents, les nomades hostiles et dangereux, ceux que l'on a rejeté aux confins des montagnes. Etrangers sur leur propre terre. S'installe un climat oppressant malgré une collaboration de principe entre les deux hommes. Puis vient le temps des rapts, des tortures, de l'abandon de l'humanité. Cette humanité que certains ont décidé de ne pas voir dans le regard de l'autre. D'ailleurs Joll porte des lunettes de soleil noires, est ce pour ce préserver de l'éclat scintillant de la vérité ? La scène où les captifs sont présentés dans la cour avec les mains transpercées d'un fil de fer puis passé dans les joues, les obligeant à garder les mains collées au visage est particulièrement atroce et évoque l'impuissance, la parole confisquée, l'homme placé au rang d'animal. Le livre est imprégné d'un climat de tension palpable et corrosif, les rapports entre les deux hommes symbolisent deux visions du monde. D'un côté l'incompréhension et l'administration de consignes hiérarchique ( l'armée) de l'autre l'interrogation au travers des yeux de l'administrateur civil. Un livre dont il est difficile de rendre compte, Coetzee évoque la raison d'état et la force de l'administration, son aveuglement. Seul un homme s'oppose à cette force destructrice un homme seul, le magistrat de la ville,essayant de comprendre l'incompréhensible. Difficile de ne pas penser à la guerre en Irak. C'est l'une des forces du livre, grâce à la métaphore illustrée par cette bourgade, Coetzee évoque aussi bien l'apartheid, que la colonisation, les conquêtes amérindiennes. Couronné par le talent de l'auteur que je ne connaissais pas auparavant. Un livre court mais dense, un trou noir littéraire. Combien sont-ils ces livres qui ont la capacité d'absorber la réalité, de la transfigurer et dans faire un pamphlet intemporel ( le livre fut écrit en 1980 mais garde toute sa fraîcheur) . Un grand livre que ce court roman dont l'auteur a absorbé la réalité d'une humanité désolante pour en faire un chef d'oeuvre. Adepte du page-turner passez votre chemin, c'est court mais dense, il faut reprendre sont souffle entre les chapitres, savoir se séparer de cette histoire pour ne pas finir absorbé. Je suis le premier à dire que je connaissais pas cet écrivain auparavant, comment se fait-il qu'il ne soit pas davantage connu en France ? A la lecture, difficile de ne pas prenser " Au désert des Tartares ", certains passages de désolation me font penser à" La route", d'autres à " Sept cavaliers quittèrent la ville au crépuscule par la porte de l'Ouest qui n'était plus gardée ". Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Un grand livre,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : En attendant les barbares (Poche)
Déroutant de prime abord, puisqu'il est écrit entièrement au présent. Mais on s'y fait. C'est tout simplement un grand livre, non par la taille, mais par le propos, la portée morale et philosophique. Et que ces mots n'effraient personne !: ce livre est très facile à lire, voire même passionnant ("l'évasion" ...), il y a de l'action !!! Eh oui !!!
On remarquera que seuls les "méchants" ont des noms... que l'héroïne disparait (si on peut dire) très vite. Pourquoi ? au lecteur de voir. Les prix Nobel sont souvent vraiment de grands livres... Les implications, les sous-entendus, les allusions (le style évidemment) font que c'est un de ces livres qui ne peuvent pas être oubliés. Contrairement aux commentaires de la 4ème de couverture, je ne pense pas qu'il soit une parabole (ouh !! le gros mot) sur l'Afrique du Sud. On pourrait même y voir, y reconnaître, s'il n'avait pas été écrit il y a plus de 22 ans, l'Europe de l'Ouest ... Il est intéressant de le rapprocher, de loin, mais quand même, du "Désert des Tartares" de D. Buzzati. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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