Du rêve au recueillement : telle est l'ambition travaillée pour son lecteur de l'écrivain français, prix Nobel de littérature en 2008. L'Académie suédoise a voulu récompenser ainsi J.M.G. Le Clézio en choisissant l' "écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur d'une humanité au-delà et en-dessous de la civilisation régnante".
Au rythme de lecture, lent, en profondeur, dérangeant, perturbant même par l'intensité de l'invitation au recueillement, J.M.G. Le Clézio, par les huit contes composant ce recueil, expose un style littéraire poétique, personnel, qui n'est pas coutumier. Quelle autre leçon retirer que celle du rafraîchissement de l'idée de la liberté ? Liberté de l'homme, de l'enfant, à parcourir le monde de ses rêves postulat de la construction de ses espérances. Marcher, avancer, agir.
Avec lenteur. Dans une description de l'événement (ou du non-événement par contraste) qui serait peinte non pas d'après une photographie d'un paysage réel, mais composée à partir d'impressions laissées par le rêve, voici décrit le champ de l'action à venir, par les quelques parfums de son essence. Quand la mer se retire, elle laisse miroiter au soleil levant quelques flaques d'eau témoin de son passage. Fut-il brutal ? caressant ? doux ? nourrissant ? Vers quelles découvertes le lecteur s'achemine-t-il ?
Ouvrant au hasard cet ouvrage, pour illustrer mon impression de lecture, je n'hésite pas à partager mon plaisir :
"En même temps que la marée, le vent arriva. Il souffla du fond de l'horizon, il y eut des nuages dans le ciel. Mais c'étaient des nuages inconnus, pareils à l'écume de la mer, et le sel voyageait dans le vent comme les grains de sable. Daniel ne pensait plus à fuir. Il se mit à marcher le long de la mer dans la frange de l'écume. A chaque vague, il sentait le sable filer entre ses orteils écartés puis revenir. L'horizon, au loin, se gonflait et s'abaissait comme une respiration, lançait ses poussées vers la terre." (p.174 - "Celui qui n'avait jamais vu la mer").