Si l'aspect angoissant du roman s'est quelque peu érodé en 40 ans de productions qui relèguent Rosemary's baby dans la catégorie étiquetée « gentillet » du genre fantastique, la peinture fascinante des personnages n'a pas pris une ride. En vérité, Ira Levin est sans doute l'un des très rares auteurs de ce genre à rendre avec un réalisme saisissant des personnes avec leurs failles, leurs forces et leurs incohérences sans jamais sonner faux.
Avec une économie de mots et de situations remarquable, l'auteur rend vivants Guy, Hutch, Rosemary et ses voisins et Un bébé pour Rosemary se dévore littéralement. La dernière page tournée, on a déjà envie de retrouver tous les protagonistes devenus de vieilles connaissances, quitte à les revoir dans des circonstances totalement différentes.
Mais et l'intrigue ? Ma foi, est-il besoin de prendre des précautions oratoires pour dissimuler un synopsis que tout un chacun connaît ? Pour les amnésiques pouvant redécouvrir le plaisir de cette lecture, disons simplement qu'il s'agit presque d'un huis clos où le personnage central pressent une trahison sans jamais se résoudre à prendre des mesures véritables. Il est d'ailleurs amusant de se dire que Rosemary trouve presque un pendant dans L'avocat du Diable où le « Guy » de l'affaire est cette fois le personnage central alors que la femme d'intérieur délaissée est un faire-valoir. Pour revenir au livre, chaque étape est franchie avec maestria et si on n'a guère d'illusion d'une scène à l'autre, on se régale du style et de la virtuosité d'Ira Levin.
Un bébé pour Rosemary est à lire inconditionnellement... comme tous les romans de ce formidable écrivain.