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Le bal des vipères Broché – 26 septembre 2007


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Descriptions du produit

Extrait

Aucun des locataires ne put dire à quel moment précis la Chevrolet jaune avait stationné devant l'immeuble. Trop de voitures passaient la nuit dans cette rue ; deux rangées serrées le long des quatre blocs du lotissement. Mais les raisons pour lesquelles la Chevrolet jaune attirait l'attention ne manquaient pas : il s'agissait d'un tacot qui datait d'au moins trente ans, à la carrosserie écaillée et aux vitres obturées par des morceaux de carton - elle avait l'air, donc, d'une vieille propriété sentimentale de l'un des voisins qui refusait de l'emmener à la casse.
Les premières personnes à se rendre compte qu'il se passait quelque chose de bizarre avec cette antiquité furent les maîtresses de maison et les domestiques qui, vers le milieu de la matinée, sortaient pour faire des courses à l'épicerie ou, tout simplement, pour s'adonner au commérage. Un homme aux cheveux gris, barbu et loqueteux, émergeait de la Chevrolet à ces heures-là avec la tête de quelqu'un qui vient de se réveiller, la tête de quelqu'un qui a passé la nuit à dormir dans ce tas de ferraille.
La Nina Beatriz, l'épicière, se chargea de garder un oeil sur cette étrange présence, de tenir au courant les voisins des faits et gestes de l'individu : c'est par elle que nous sûmes que celui-ci avait pour seule habitude de sortir de la voiture à dix heures du matin, ensuite il se perdait qui sait dans quels méandres de la ville ; il revenait entre huit et dix heures du soir, portant un sac de toile bourré de vieux machins hors d'usage, et il s'enfermait dans la voiture jusqu'au lendemain.
Moi, j'étais le voisin idéal pour épier cet individu. Au chômage, sans réelles possibilités de trouver un travail correct par ces temps nouveaux, je vivais dans l'appartement d'Adriana, ma soeur cadette, et de son mari Damián. Je leur versais une partie, assez symbolique, des dollars que de temps à autres ma soeur Manuela, l'aînée, celle qui m'avait élevé, celle qui m'aimait le plus, m'envoyait des États-Unis. C'est que ma situation était assez difficile : mes études de sociologie (une matière qui, au point où nous en sommes, avait déjà été supprimée dans plusieurs universités) ne me servaient à rien relativement à l'obtention d'un travail, car il y avait pléthore d'offres de professeurs, les entreprises n'avaient pas besoin de sociologues et la politique - dernier terrain où j'aurais pu mettre en application mes connaissances - était une occupation étrangère à mes qualités.
C'est pourquoi je passais le plus clair de mon temps dans l'appartement, m'occupant à lire des journaux (je ne perdais pas espoir de tomber sur la petite annonce qui allait changer le cours de ma vie) et à regarder la télévision ; je donnais aussi un coup de main à Adriana en faisant quelques commissions et, lorsque l'occasion se présentait, je rendais visite à des types graves qui, après avoir reçu mon curriculum vitae, me demandaient de les appeler deux jours plus tard - un coup de fil qu'évidemment ils n'acceptaient jamais de recevoir.
La première fois que je tombai sur l'homme de la Chevrolet jaune, j'étais descendu chercher des ciga­rettes à l'épicerie. Le type était à ce moment-là en train de sortir de la voiture, avec son sac de toile : il portait un pantalon en jean qui dans un lointain passé avait dû être bleu, des tennis crasseuses tenues par des bouts de corde et un tee-shirt en lambeaux ; son ceinturon ressemblait à un serpent. Je le saluai, bien poliment. Il fit celui qui n'était pas concerné. Il ferma la portière de la voiture et se mit à marcher vers le bas de la rue, traînant la jambe, l'air renfrogné, puant l'alcool, puant l'urine.
- C'est un type dégoûtant, un ivrogne, me dit la Nina Beatriz, une dame bien en chair à la langue de vipère, tout en cherchant le paquet de cigarettes. Il parle à personne. Qui sait comment il est arrivé jusqu'ici. On devrait faire quelque chose pour qu'il s'en aille.

Revue de presse

Le style Moya, c'est l'énergie. Une verve débridée, des situations loufoques, des personnages brindezingues, et en voiture ! Entre la fable politico-philosophique et le polar surréaliste, Le Bal des vipères est un ovni hallucinant...
Ça crépite de partout dans un feu d'artifice joyeux... et orgiaque. C'est l'Apocalypse, le chaos, la déshumanisation totale - c'est l'Amérique latine. Le Bal des vipères, cinquième livre traduit en français de Horacio Castellanos Moya (après Le Dégoût, Déraison...), est un coup de poing tout aussi poétique que politique...
Moya, impitoyable, raconte des histoires folles qui ressemblent étrangement à l'Histoire. Le plus dingue, c'est que l'on se réjouit de les lire (Martine Laval - Telerama du 22 aout 2007)


Détails sur le produit

  • Broché: 160 pages
  • Editeur : Les Allusifs Editions (26 septembre 2007)
  • Collection : Les Allusifs
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2922868613
  • ISBN-13: 978-2922868616
  • Dimensions du produit: 20 x 1 x 12 cm
  • Moyenne des commentaires client : 3.7 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (3 commentaires client)
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1 internautes sur 1 ont trouvé ce commentaire utile  Par Bruce Tringale TOP 100 COMMENTATEURS le 30 août 2012
Format: Poche
Au Salvador; un jeune homme assassine sans aucune raison un mendiant qui possède une mystérieuse Cadillac jaune .
Il découvre que sa victime possédait dans cette voiture 4 vipères domestiquées capables de communiquer avec l'homme .

C'est le début d'une équipée sauvage où notre jeune psychopathe va terroriser avec ses reptiles une petite ville et assassiner froidement une cinquantaine de personne .

En moins de deux jours , il va réussir à mettre aux abois la sécurité nationale .

Écrit sur un rythme haletant , cette nouvelle d'à peine 100 pages ne donne pas une minute de répit au lecteur . Le récit est écrit à trois voix : le tueur , l'inspecteur et une journaliste .

Ce qui frappe dans le Bal des Vipères , c'est son aspect cinématographique . A aucun moment Moyas ne cherche à asseoir son récit dans la réalité : ses vipères sont décrites comme 4 femmes fatales capables de communiquer avec l'homme . C'est tellement bien amené que lorsque le tueur consomme sa passion avec les reptiles , il n'est pas question de zoophilie . Et mieux vaut ne pas se demander comment font les animaux pour avoir autant de venin entre deux morsures...

Autre point fort du récit : le tueur est froid , lisse comme le serpent . Il ne donne aucun mobile à sa folie meurtrière si bien qu'aucune identification avec lui est possible . Le lecteur est obligé de se laisser embarquer en acceptant qu'il ne comprendra pas ce qu'il se passe , s'il souffre de psychose ou de dissociation de la personnalité .
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Par Lou VOIX VINE le 15 janvier 2009
Format: Broché
La littérature latino-américaine a un côté décoiffant. Qui s'y frotte s'y pique. C'est le cas avec Le Bal des Vipères, drôle de « road story » dans laquelle un jeune homme disparaît brutalement. On se souvient l'avoir vu discuter avec un SDF vivant dans sa voiture jaune, déglinguée, une ceinture en serpent à la taille et une bouteille de gnôle à portée de main. On est loin de se douter que le jeune sociologue au chômage s'est approprié l'improbable caisse. S'ensuit une virée étonnante à travers la ville, en compagnie de quatre vipères et d'un curieux chauffard qui sèment ensemble la terreur. Invasion de serpents ? uvre d'un psychopathe ? Approche du Jugement dernier ? Complot politique ? Sursaut des narcotrafiquants ? Les hypothèses vont bon train mais la police ne parvient pas à prévenir les attaques de serpents qui engendrent des mouvements de panique dans différents quartiers de la ville. Quant à la relation entre le conducteur et ses vipères, elle est on ne peut plus charnelle, à divers degrés !

Je n'étais pas certaine de survivre aux passages faisant référence aux vipères, ayant moi-même une peur bleue des serpents. Autant dire que Valentina, Carmela, Loli et Beti ressemblent étrangement à quatre femmes et, morsure à part, pourraient tout à fait faire oublier leur caractère ophidien.

La course poursuite rocambolesque est racontée tour à tour par les fuyards, les flics dépassés et une presse sur les dents.
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Format: Broché
J'ai été un peu surpris, l'histoire est certainement originale même si farfelue, mais un peu d'air frais pour septembre ce n'est pas plus mal. Bien écrit (ou bien traduit), le style de Moya est plaisant. Je mets en garde les afficionados de l'écrivain, déroutant au début.
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