2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
génélogie d'une moral, identité entre frères, 13 avril 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le bon singe : Les bases naturelles de la morale (Broché)
Le titre fait allusion au mythe bien connu du bon sauvage de Rousseau, sans allégeance aucune. En fait cet ouvrage est le résultat de plus de vingt ans de recherche par l'éminent éthologue. Moins connu du grand public qu'une Diane Fossey, popularisée par le cinéma, chacune de ses publications est emprunte d'un esprit original, d'une vaste et discrète érudition, d'une justesse de ton et par la clarté de ses propos comme de son argumentation, à la fois dans sa lutte contre les "a priori", et le dogmatisme théorique qui biaise l'observation et prétend déterminer les bons champs d'application.
Cet illustre représentant de l'éthologie cognitive, se pose ici la question de l'existence (et des origines) du sens moral chez nos plus proches parents : les primates. Dès le prologue le ton est donné : « Être des hommes ne nous suffit pas ; nous tirons plus orgueil encore d'être humains. Ainsi grâce à un tour de passe-passe linguistique, nous qualifions les comportements charitables de notre nom d'espèce et nous faisons de la morale notre marque distinctive ! Les animaux ne sont évidemment pas des hommes ; comment pourraient ils alors être humains ? »
Dans une première partie, ce professeur de psychologie, hollandais marié à une française et chercheur au Centre de Primatilogie du Winconsin (fondé par le célèbre H. Harlow, curriculum déjà singulier en soit, examine les théories sur l'origine de l'éthique dans le cadre de l'évolution. Il y démontre un esprit critique, solide et pondéré lorsqu'il constate (p. 50) qu'« il y a quelque artifice à vouloir accorder une prééminence de l'acquis sur l'inné ou l'inverse ».
Les chapitres suivants sont plus pratiques, mêlant observations sur le terrain, en milieu naturel ou protégé, et expérimentations, discutant même des biais liés à et des problèmes de vérification des observations et hypothèses, parsemant son texte de quelques anecdotes significatives. Jane Goodall, Hans Kummer, pour ne citer que des auteurs aisément accessible en français, sont quelques une des autorités qui traversent cette énorme synthèse. A chaque fois De Waal identifie, avec le même bonheur que dans la politique du chimpanzé et de la réconciliation chez les primates les points communs et les divergences entre hommes et primates. N'avons nous pas un ancêtre commun !
Parmi l'extrême richesse en termes de travail, d'informations, de réflexion, d'analyses et d'implications vis à vis de la morale et de l'organisation sociale, je ne prendrais que deux exemples : a) La remise en cause de la croyance sociale consécutive aux travaux J. Calhoun sur les rats (p. 244), pour qui la surpopulation engendre l'agressivité. F. de Waal montre fort justement, sans en faire l'apologie bien évidemment, que le comportement agressif forme une composante de toute dynamique sociale. « Il en fait même tellement partie, que l'on peut sérieusement douter de la thèse selon laquelle le comportement agressif est, par sa nature même, antisocial » (p. 231) ; b) La mise en évidence d'au moins 12 phénomènes, mis en jeu dans la morale humaine, qui peuvent s'observer chez d'autres espèces : trois se rapportant à la sympathie pour autrui, neuf s'apparentant à des normes...
Si « les sentiments moraux viennent en premier ; les principes moraux seulement ensuite » (p. 112), « Le sens moral [...] fait autant partie de notre constitution biologique que les tendances qu'il réprime » (p. 273). Une nouvelle fois le cas Phileas Cage paraît en être une bonne illustration (cf. Damasio, déjà présenté dans ces colonnes).
En somme Frans de Waal nous propose un document de qualité et de limpidité. Les photographies sont magnifiques, souvent émouvantes et toujours démonstratives, les notes riches et plaisantes. Ce bel ensemble s'inscrit dans la cohérence de la carrière du chercheur, un homme épatant qui nous invite en toute simplicité à découvrir le monde animal et nous donne à penser sur nous-mêmes. Franchement, j'aimerais bien le rencontrer vraiment.....
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non