"Il n'y a qu'une façon d'aller droit devant soi", avait dit le chirurgien du bord, lequel finit pendu. Les prémices posés, se déroule comme une sûre théorie la destinée sombre et sordide d'un jeune que les bas-fonds de sa naissance promettaient depuis toujours à une vie de vol, d'escroquerie et de coups tordus. C'est-à-dire en l'occurence une vie de "gentilhomme de mer" dans les mers caraïbes ... Chaque chapitre met tranquillement en scène une étape de ce parcours initiatique : l'inquisition mexicaine brûlant les sorcières de Vera Cruz, Mary Read s'emparant traîtreusement d'un navire de niais barbus, les 2 aveugles ennemis abandonnés sur l'île déserte et la bande mal embouchée qui creuse un peu partout à la recherche du trésor de Flint... Des femmes, du rhum et du butin partagés sur le pont du navire rougi de sang ... Dans un décor de carton-pâte où rien ne manque. Même pas la méditation finale sous la très londonienne pluie du Quai des Exécutions, tandis que se balancent les corps de ceux que le sort et la Navy ont rattrappés ...
Malgré tout le sérieux et l'application qu'il apporte à la mise en scène de ses personnages, Mac Orlan ne veut pas nous faire croire qu'il a, lui aussi, écrit une histoire de pirates. Moches, vulgaires, zonant des semaines pour ne rien trouver que de nouvelles petites rapines à inscrire sur leur acte d'accusation, finalement menés par le bout du nez vers l'abattoir final ses ""gentilshommes de fortune"" sont les vrais dindons de la farce qu'il mène en quelques petits chapitres bien enlevés. Le tout ne manque pas de poésie et revisite agréablement les mythes de notre enfance, les pièces d'or et les batailles en moins.
A lire, bien-sûr.