1983. Difficile de donner une suite aux gigantesques "Heaven and Hell" et "Mob Rules" et surtout de dégoter un chanteur qui fasse oublier en même temps Ozzy Osbourne et Ronnie James Dio.
Mais Tony Iommi n'est pas né de la dernière pluie et a su recruter un chanteur qui en jette, au moins sur le papier, autant que ses deux illustres prédécesseurs en la personne de Ian Gillan (Deep Purple). Le batteur original, Bill Ward, est revenu au bercail puisque Dio a emmené Vinnie Appice dans ses bagages. Tout était donc réuni pour que la suite de l'ère Dio commence sous les meilleurs hospices.
Hélas, le mélange détonnant du Heavy Metal de Black Sabbath et de la voix du pourpre profond ne prend pas aussi bien que l'on aurait pu l'espérer. Déjà, les compos sont en dessous de ce que Sabbath vient de proposer avec Dio, c'est indéniable. Et puis la voix, même si Gillan n'est pas à blâmer car il fait son boulot de son mieux, ne colle pas vraiment à la musique. Enfin, chose dérisoire me direz-vous, le look du nouveau chanteur ne colle pas vraiment non plus à l'image du groupe.
Il est clair qu'à l'époque, cet album n'a pas fait l'unanimité.
Cette association sera d'ailleurs de courte durée puisque Gillan va s'en aller rejoindre ses anciens camarades de Deep Purple l'année suivante pour un retour inattendu (grâce à un excellent album, "Perfect Strangers"). Geezer Butler et Bill Ward fuyant le navire quelques temps après, Tony Iommi tiendra le groupe à bout de bras, traversant plus de bas que de haut avant le grand retour (éphémère) de Dio puis d'Ozzy et re-Dio (sous le nom d'Heaven and Hell).
Mais revenons au contenu de cet album. La comparaison avec les 2 chefs-d'oeuvre que le groupe venait de sortir lui a coûté cher. Pourtant, on y trouve de très bonnes choses : "Zero the Hero", avec son riff repris et popularisé quelques années plus tard par Guns n' Roses, "Trashed", "Born again", "Disturbing the priest" ou encore "Digital bitch" sont de bons titres. Ce qui, sur les 7 titres que compte cet album (on laisse de côté les 2 instrumentaux assez courts) n'est pas si mal. Certes, si l'on est réfractaire au chant très typé de Gillan et à ses cris, l'adaptation est difficile. C'est ce qui, je crois, en a gêné plus d'un...
Des années après toute polémique, "Born Again" reste tout de même un album intéressant qui ne demande qu'à être redécouvert aujourd'hui. Pas le meilleur du Sab' mais pas le plus mauvais non plus...