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Il est loin, désormais, le temps où lon saffrontait sur la question de la valeur du capitalisme : dun côté, les marxistes, en rôle daccusateurs, voyaient en lui un mode de production fondé sur lexploitation de lhomme, engendrant certes des richesses mais toujours inégalement réparties ; de lautre, les libéraux, dans une position plus cynique, tentaient de justifier linégalité en en faisant une des conditions de lenrichissement des nations. Depuis leffondrement de léconomie du bloc soviétique, le capitalisme paraît simposer comme un fait nécessaire et universel. Lheure est à ses louanges, au point que, par une sorte de réenchantement moral du monde, on irait presque jusquà prêter de la moralité à ses lois de fer : on parle d "éthique dentreprise", on fait du travail salarié une valeur, on loue les vertus de lhomme dentreprise, on fait de la mondialisation le salut des économies les plus faibles
Il est opportun, pour sortir de cette confusion desprit, deffectuer quelques clarifications conceptuelles. En rappelant, par exemple, quon ne saurait assimiler lordre de la moralité à celui de léconomique ou de la politique, car ni lintérêt ni la loi ne sont le Bien. Ainsi André Comte-Sponville soutient, dans cette conférence adressée à des interlocuteurs du monde de lentreprise, que le capitalisme nest ni moral, ni immoral mais amoral : cest un système de production qui a fait les preuves de son efficacité et que la politique doit encadrer et réguler afin de le conformer, autant que possible, aux exigences de léthique. Que chacun tienne sa place : que le chef dentreprise ne prétende pas faire du social, quon nattende pas de lui quil en fasse, quon cesse de tout attendre du politique
et chacun sera naturellement reconduit à lévidence que les lieux dexercice naturel de la morale sont la conscience et laction individuelle. Il faut lire les philosophes pour sen convaincre. André Comte-Sponville nous le rappelle ici à bon escient.
--Emilio Balturi
--Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Présentation de l'éditeur
Après une série dinterventions au cours dune rencontre avec des patrons insistant sur la nécessaire "éthique dentreprise" et les formes quelle devait prendre, André Comte-Sponville se permit de faire remarquer quil avait lu tous les philosophes importants mais quil navait jamais lu une ligne sur le respect du client chez Montaigne ou Kant ! Cette ironie traduit bien lesprit du livre du philosophe : critiquer linvasion de la morale ou plus exactement du discours sur la morale ce qui est un peu différent- dans toute la société.
Alternant exemples, anecdotes, citations et analyses, André Comte-Sponville excelle à démontrer que le capitalisme est, par nature, amoral.Lentreprise, dit-il, na pas vocation à distribuer de laffection de lamour ou tout autre sentiment : elle na que "des objectifs et un bilan", point final. Ce pragmatisme surprend et intéresse dans un pays où le marxisme a longtemps été le credo de lintelligentsia. Dénonçant le "politiquement correct" qui sévit trop souvent il qualifie ainsi le slogan "vaincre le Sida cest une question de volonté politique" "didiot"- lauteur nous livre une vision iconoclaste du monde dans ce petit livre spirituel au ton vif, écrit avec un remarquable souci de vulgarisation qui met "linfini à la portée des caniches" selon la finalité quassignait à sa discipline, la philosophie, lun de ses illustres prédécesseurs.
--Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.