Meshuggah continue son petit bonhomme de chemin avec ce Catch Thirty-Three dans la pure lignée de l'ensemble des productions du combo suédois. Comme pour leurs précédentes moutures la musique ne fait aucune concession, ça on ne pourra vraiment pas leur reprocher de faire du mainstream pour vendre des albums. Comme toujours, le non-fan moyen passant par là juste pour écouter distraitement prendra vite la tangente, en vous reprochant même de l'avoir fait saigner des oreilles.
Le pauvre, il ne sait pas.
Soyons clair : certes, ça "sonne" comme si c'était de l'impro, ça a l'air complètement déstructuré, répétitif et oui, malheureusement, votre belle-mère n'appréciera pas. Mais pourquoi diable des gens écoutent-ils donc cette "bouillie" sonore, et qu'ils en redemandent même ? Tout simplement parce que la musique de Meshuggah est basée sur des systèmes rythmiques très complexes (polymorphies), et que quand on est un tout petit peu sensible à cette particularité on découvre toute la richesse de ce style. Qui joue de la déstructuration des schémas musicaux traditionnels pour créer une base rythmique (les fans de jazz sauront de quoi je parle) et superposer à cela des nappes de guitare (créant la dissonance) et le chant (vecteur de cette sorte d'urgence qu'on ressent). Le résultat n'est pas immédiat, le plaisir pas directement accessible. Il faut donner un peu de sa personne pour se plonger dans leur univers, si bien que beaucoup de monde, rebuté par le style assez bourrin ou par la difficulté d'accès, tourneront le dos à Meshuggah (ce n'est pas plus mal, ils ne font pas la chasse au fan de toute façon).
Bien sûr il faut aimer le genre, Meshuggah ne faisant pas la musique pour plaire aux groupies, il faut aimer le style très dur et froid, le chant hurlé, la lourdeur des riffs. Mais quand on y a goûté... En plus techniquement ils poutrent, ce qui ne gâche rien !