L'histoire de la poésie française est riche, longue et variée. Y choisir cent poèmes est donc une gageure de taille, à plus forte raison si l'on prétend choisir les cent plus beaux, car la notion de beauté, en poésie comme ailleurs, est fort subjective. Dans sa brève préface, Jean Orizet a la franchise de reconnaître que cette sélection reflète moins sa sensibilité propre que le verdict de la postérité, ce qui donne à son anthologie un petit côté hit-parade. Un hit-parade qui nous emmène de Rutebeuf à Boris Vian en passant par Villon, Lamartine, Chénier, Nerval, Corbière, Laforgue, Eluard, Prévert et tant d'autres.
Bien sûr, les plus grands noms sont les mieux représentés, en particulier Baudelaire, Verlaine, Rimbaud et l'incontournable Victor Hugo, dont nous sont offerts ici pas moins de huit poèmes! Tout cela est évidemment très agréable à lire, ou simplement à feuilleter. De loin en loin, on découvre tel auteur qu'on ignorait encore, on redécouvre tel autre qu'on avait un peu oublié. J'avouerai tout de même avoir été un rien surprise de trouver dans ces pages, coincée entre Suarès et Paul Valéry, la "tirade des nez" de Cyrano. Si plaisante que soit cette dernière, sa place est-elle vraiment ici?
A l'inverse, certaines absences me paraissent étranges et, pour tout dire, me peinent un peu. Pas un vers de Char! Pas une ligne de Ponge! Comment peut-on ainsi ignorer deux des plus grands poètes du 20ème siècle? Espérons qu'une réédition future saura corriger ces fâcheux oublis!