Un dîner en ville, c'est souvent la dictature de l'apparence : on se fait beau, on rit, on se raconte des blagues, on frime, on partage souvenirs et projets. Les angoisses sont cachées sous l'humour et les chagrins étouffés par les éclats de rire. Et pour quelques heures, on y croirait même et c'est ça le principal... Si on a le bon code et que l'on respecte les autres, c'est à dire cordialité, bonne humeur et hypocrisie, on peut passer une bonne soirée. Quatre couples se retrouvent donc autour d'une table. La maîtresse de maison ML, (Karin Viard), avocate spécialisée dans les affaires conjugales et son mari (Dany Boon), artiste chômeur et dépressif, son collègue et associé accompagné de sa femme en crise, un cancérologue renommé (Patrick Bruel) et sa gynécologue de femme (Marina Foïs), ainsi que la soeur de ML (Marina Hands), jeune costumière qui arrive en compagnie d'un acteur aussi âgé que son propre père (Pierre Arditi) qu'elle ne veut plus voir depuis qu'il a abandonné sa mère pour aller vivre avec une femme plus jeune...
Cette simple description des personnages laisse deviner que l'on a affaire à une sorte de vaudeville un peu immoral dans lequel tout le monde se trompe allègrement et dans la douleur. Ces dames étant particulièrement infidèles. Ce film choral où les histoires s'entremêlent comme dans une sorte de patchwork sentimental, est bâti par Danièle Thompson sur la même architecture que son précédent succès « Fauteuils d'orchestre ». Que le spectateur ne s'attende surtout pas à une joyeuse rigolade, mais plutôt à une description mélancolique et désabusée de la vie de couple en milieu aisé. Beaucoup d'intelligence, de finesse et de réalisme dans le triste constat. Des personnages criants de vérité et une équipe d'acteurs au meilleur de sa forme. On passe un très agréable moment, même si tous les personnages (à l'exception du cancérologue) sont finalement assez peu sympathiques (réalisme social et époque égoïste et hédoniste obligent) et même si l'on ne retrouve pas la fraîcheur du précédent opus, fraîcheur apportée principalement par le personnage qu'interprétait à l'époque la lumineuse Cécile de France.