Ce roman fait entendre la voix du narrateur, un jeune français de banlieue, d'origine congolaise, durant les quarante-huit heures de sa mise en examen, parce qu'il a été arrêté en état d'ivresse sur la voie publique et gardé à vue : il a - on l'apprendra à la fin, mais la révélation se fait au coup par coup - frappé à mort l'agent qui voulait le contrôler après qu'il avait uriné sur le véhicule de police.
Le narrateur est aussi le porteur des autres voix, celle du capitaine qui l'interroge lors de la garde à vue musclée et humiliante - on comprendra pourquoi au fur et à mesure - , mais aussi et surtout la voix de Mireille, la jeune juive pied noire qui fut son amie de Maternelle, quand il débarque ébahi de l'avion qui l'amène du Congo, elle deviendra aussi sa maîtresse alors qu'ils sont étudiants à Paris, ayant pris quelque distance avec les copains de banlieue, qui tournent plus ou moins bien, Drissa, l'ami proche qui devient fou, Kamel, la petite frappe, dealer devenu bon musulman, intégriste, repentant, repenti, Ludovic qui l'entraîne dans la dernière virée aux conséquences désastreuses. On entend aussi régulièrement la voix de l'ancêtre, celui qui le rattache tant bien que mal aux maeurs congolaises, en brutale collision avec les maeurs de banlieue.
Ces voix multiples font le charme de ce livre qui dit notamment toutes les misères de l'amour, Drissa avec Carole, qu'il maltraite, elle qui l'aime comme un chien, avec la mère de Mireille, comme on le découvre à la fin, Ludovic avec tout ce qui passe, le Narrateur avec Mireille, avec le désir qui monte, la découverte de la sexualité, la naissance puis la mort de l'amour. Cette mort qui entraîne la virée fatale.
Une fois toutes les révélations achevées, le narrateur lance un cri de résistance, habité par la « sagesse des défunts », portant aux reins « la trace des léopards », il a, maintenant que les vapeurs de l'alcool se sont dissipées, retrouvé son identité perdue et saura, dit-il, « parfaire le grand écart » entre l'Europe et l'Afrique.