Des ingrédients classiques : un père qui disparaît dans la montagne au cours d'un trajet professionnel périlleux (il est camionneur), une enfant qui refuse la fatalité et qui veut croire aux rêves, un monde dur où s'affrontent la tradition chargée de sagesse et la modernité en marche, source de désenchantement et de sécheresse, de l'"exotisme" à travers une situation géographique dépaysante (Asie, haute montagne hostile, loin de toute ville, culture paysanne traditionnelle). Mais l'écriture délicate de l'auteur transfigure ce qui aurait pu ne se prêter qu'à des clichés : on s'attache furieusement à cette fillette entêtée qui côtoie la mort de près (celle de ses proches), à son grand-père hors d'âge, presque aveugle mais habité par une sagesse séculaire qu'il transmet sans presque rien dire, juste par sa lumineuse manière d'être et d'aimer l'autre. On suit le périple de la fillette dans sa recherche de son père avec fébrilité : le texte étant court et facile (quelques notes viennent aider à la compréhension de la civilisation quand nécessaire), le roman se lit d'une traite et la fin, fondée sur le mythe rousseauiste des derniers sauvages purs, ne manque pas de faire rêver.
Une bien belle histoire, en somme, que les amoureux de l'ailleurs sans esbroufe liront avec plaisir.