Je suis plutôt consterné par des commentaires tels que celui de Gebruik sur les auteurs de « Au commencement du temps ». Je n'ai jamais rencontré les frères Bogdanov. Lubos Motl - qui est professeur de physique théorique à Harvard -, a, contrairement à la plupart des autres "spécialistes" du CNRS (et autres), pris le temps d'analyser leurs travaux en détail. On appelle cela l''honnêteté intellectuelle. Un travail difficile semble-t-il. Et courageux, car, souvent ce genre de prise de position se paye très cher. Le monde scientifique n'a rien à envier aux autres domaines. Les egos y sont souvent, hélas, hypertrophiés. Avec défense acharnée du territoire. Motl leur a ensuite consacré un bouquin "l'équation Bogdanov". Il est physicien et tout particulièrement spécialisé en théorie des cordes, la théorie en vogue. Ou plutôt les théories en vogues dont le formalisme mathématique devient quasiment incompréhensible, tant il est devenu complexe. Impénétrable. Un domaine que, d'ailleurs, les Bogdanov égratignent pas mal dans leur bouquin "Avant le Big Bang". Donc, on ne peut pas soupçonner Motl de complaisance à l''égard des Bogdanov. Robert W.Wilson de l'Université de Harvard, Prix Nobel de Physique 1978, John Mather, prix Nobel 2006, et P.J.E Peebles, prix Crafoord d'astronomie à l'Université de Princeton, leurs ont également consacré des postfaces dans "Le Visage de Dieu". Là aussi, on ne peut également soupçonner ces personnes d'être en quête de publicité. Leurs prix Nobel (pour les deux premiers) ont une envergure qui les met à l'abri de ce genre de tentation. D'ailleurs Wilson est à l'origine (avec Arno Penzias) de la découverte du rayonnement fossile, en 1964-65, dont on connaît les répercussions en cosmologie actuelle. Donc, comme on peut le dire de manière triviale, ce sont ce qu'on appelle des "pointures". Pour en revenir aux frères Bogdanov, leurs bouquins sont des livres de vulgarisation, ce qu''ils précisent d''ailleurs. Et le fait qu'ils aient éventuellement fait appel à la chirurgie esthétique, ce qui n'est d'ailleurs pas sûr, pour ces physiques si intrigants, n'enlève rien à leurs qualités extraordinaires de vulgarisateurs. Car disons-le, expliquer relativement simplement ce qu'est un état KMS (avec deux métriques superposées dans un temps complexe) au moment du temps de Planck habitée par une tempête de fluctuations quantiques du temps imaginaire-information et du temps réel-énergie, qui, lui, devait par le suite piloter la flèche du temps et l'expansion de l'univers dans lequel nous sommes, moi, j'ai trouvé ça plutôt extraordinaire. D'un point de vue strictement littéraire et informatif, c'était un décollage à Cap Canaveral dans une fusée Saturne V. Un pur moment de poésie. Maintenant ont-il raison ? Comme le dit Motl Lubos, leur mystérieuse équation, serait peut-être une clé grâce à laquelle il serait possible de décrypter les secrets ultimes de l'Univers. Et son information codée incluant les quatre grandes forces réglées avec une précision confondante. L'expliciter avec (l'ingénieux) état KMS ne signifie pas qu'ils ont forcément trouvé la solution ultime. Même si leur démonstration est élégante. Peut-être ont-ils ouvert une porte. Développé un autre angle de vue avec l'hypothèse KMS que les fluctuations du fond cosmologique (données par COBE et WMAP) sembleraient confirmer. Ce qui serait pas si mal que ça. On connaît à l'heure actuelle les difficultés que l'on a à modéliser une théorie incluant à la fois la Théorie de la Relativité Générale et la Mécanique Quantique. L'infiniment grand et l'infiniment petit. Le continu et le discontinu. Le bouquin (que je conseille de lire) de Lee Smolin "Rien ne va plus en Physique ! L'échec de la théorie des Cordes" est, de ce point de vue, évocateur. Un autre bouquin également qui remet en cause les divers modèles de l'univers en expansion "classiques" pour leur substituer un modèle d'Univers chiffonné dodécaèdrique (qui serait 120 fois moins vaste) écrit par Jean-Pierre Luminet, astrophysicien à Meudon, montre les divers voies empruntées à l''heure actuelle. Travail iconoclaste également, mais passionnant. Et pendant qu'on y est "Que faisiez-vous avant le Big Bang" de Edgard Gunzig, bouquin qui remet en cause la notion de Big Bang telle qu'on l'admet. Je passe sur "L'Univers en rebond" de Martin Bojowald qui défend une autre position sur l'avant Big-bang basée sur la gravitation quantique à boucles. Laurent Nottale, aussi, qui, lui, en 1998, introduisait les fractales dans l'univers quantique avec "La relativité dans tous ces états". On le voit donc, tout bouge à l'heure actuelle. Les hypothèses dites marginales (à la théories des cordes) fleurissent. Et c'est plutôt bon signe. Les Bogdanov ont le tort de ne pas appartenir au sérail, dont le CNRS fait figure de proue. D'autre part, si obtenir les titres de Docteur en mathématiques et physique à l'Université de Bourgogne est une tare, allez le dire aux Vice-présidents de l'Université de Bourgogne, Dominique Grevey et Monique Dumas, ils apprécieront. Pour en revenir (et pour conclure) aux ouvrage d'Etienne Klein dont parle Gebruik, ils sont excellents. C'est un réel pédagogue. Vous pouvez d'ailleurs suivre ses interventions à Centrale sur le net, face à des étudiants de 1ère et 2ème année, c'est très intéressant. Ce qu'on peut toutefois lui reprocher est d'être plutôt consensuel, en d'autres termes, de refuser, entre autres (en argumentant il est vrai),les paradoxes dérangeant d'inversion de la flèche du temps, comme Feynman, plus audacieux dans ses célèbres diagrammes, mais hélas décédé en 1988. On trouve toujours les cours de Feynman (le livre "Leçons sur la Physique" les résume). Tout comme aussi Costa de Beauregard, en son temps, encore plus radical en la matière. Où Bohm qui, avec son potentiel quantique, inspiré par les comportements étranges et organisés des plasmas, s'opposait comme Einstein à l'Ecole de Copenhague. Mais la liste est longue. Pour conclure, s'il y a des petit bijoux dont je vous conseille la lecture, ce sont "Zéro" de Charles Seife,- une merveille - et "L'univers quantique, des quarks aux étoiles" de Heinz Pagels (datant pourtant de 1985, mais très didactique même si certaines avancées ont eu lieu depuis). Et, bien évidemment, "Avant le Big Bang", aussi, de Igor et Grishka Bogdanov qui s'inscrivent dans la lignée des iconoclastes géniaux. Et croyez-moi, on en a bien besoin.
Patrick