Extrait
Qu¹est-ce qu¹un clone ? Voilà une question que le législateur n¹aurait certainement pas dû évincer ou hâtivement considérer comme intégralement résolue. Il s¹est dit bien des choses à ce propos et des choses qui auraient pu certainement faire sourire de nombreux biologistes si elles n¹avaient pas été les présupposés d¹une loi. Si l¹on ne peut réprimer, à la lecture de certains commentateurs du dossier concernant le clonage, quelques éclats de rire, on ne peut non plus s¹empêcher de considérer l¹affaire comme préoccupante. Que le législateur ne soit pas spécialiste en la matière est tout à fait compréhensible, mais qu¹il se fasse le porte-parole des pires inepties qui peuvent être proférées à ce propos est un fait que le simple citoyen ne peut admettre. Mais, il ne faut pas se leurrer, les inepties en question ne sont pas seulement dues à l¹ignorance. C¹est pourquoi le problème est d¹autant plus épineux. Il semble en effet que certains promoteurs du crime contre l¹espèce humaine se battent contre des moulins à vent en sachant pertinemment ce qu¹ils sont. Aussi, et c¹est bien ce qui est troublant, est-il loisible de considérer que toutes les erreurs que je vais maintenant pointer, résultent plus d¹une idéologie que de la méconnaissance. Il semble en effet difficile de se résoudre à penser que l¹auteur de l¹amendement intégrant le crime contre l¹espèce humaine au projet de loi, Jean-François Mattei lui-même, n¹a fait que véhiculer des fantasmes sans consistance ; étant lui-même généticien, il doit connaître ces objets, qu¹il décrit pourtant de manière simpliste, mieux que quiconque.
Présentation de l'éditeur
Un des amendements du projet de loi relatif à la bioéthique, adopté par le Sénat en janvier 2003, consiste à faire du clonage reproductif humain un « crime contre l'espèce humaine ». Or cette nouvelle incrimination, calquée sur le modèle du crime contre l'humanité, pourrait bien être aussi inquiétante et dangereuse que ce qu'elle veut interdire ! Le danger : non seulement une biologisation aberrante du droit, où le mythe de la Nature devient la norme, mais aussi une intrusion de l'État dans les modalités de la reproduction humaine.
Qu'est-ce que cette « espèce humaine » que l'on souhaite à tout prix préserver ? Nul n'est capable de le dire. Qu'adviendra-t-il juridiquement des enfants nés de la technique du clonage ? La loi ne le dit pas. Devront-ils être considérés à la fois comme le produit, la pièce à conviction, le mobile et la victime d'un crime contre l'espèce humaine ? Sans compter que c'est avec une catégorie juridique habituellement destinée à juger des actes engendrant la mort que l'on souhaite sanctionner un acte qui donne la vie. Il semble que l'on ait légiféré avec des fantasmes et sur des fantasmes. La grandiloquence et les bons sentiments ne sont pas suffisants pour élaborer des lois justes.
Ce livre vient heurte le consensus mou actuel sur cette question.
Qu'est-ce que cette « espèce humaine » que l'on souhaite à tout prix préserver ? Nul n'est capable de le dire. Qu'adviendra-t-il juridiquement des enfants nés de la technique du clonage ? La loi ne le dit pas. Devront-ils être considérés à la fois comme le produit, la pièce à conviction, le mobile et la victime d'un crime contre l'espèce humaine ? Sans compter que c'est avec une catégorie juridique habituellement destinée à juger des actes engendrant la mort que l'on souhaite sanctionner un acte qui donne la vie. Il semble que l'on ait légiféré avec des fantasmes et sur des fantasmes. La grandiloquence et les bons sentiments ne sont pas suffisants pour élaborer des lois justes.
Ce livre vient heurte le consensus mou actuel sur cette question.
Quatrième de couverture
A l'heure où quelques illuminés se targuent de pouvoir cloner des êtres humains, le législateur a estimé nécessaire de punir sévèrement ce qu'il considère comme une injure à la nature humaine. Le clonage reproductif humain sera donc incriminé, au même titre que les pratiques eugéniques, pour «crime contre l'espèce humaine». Mais qu'est-ce que cette «espèce humaine» que l'on souhaite à tout prix préserver? Nul n'est capable de le dire. Qu'adviendra-t-il juridiquement des enfants nés de la technique du clonage? La loi ne le dit pas. Devront-ils être considérés à la fois comme le produit, la pièce à conviction, le mobile et la victime d'un crime contre l'espèce humaine? C'est avec une catégorie juridique habituellement destinée à juger des actes engendrant la mort que l'on souhaite sanctionner un acte qui donne la vie. On légifère avec des fantasmes et sur des fantasmes. La grandiloquence et les bons sentiments ne sont pas suffisants pour élaborer des lois justes.
L'auteur vu par l'éditeur
Philippe Descamps est philosophe et journaliste scientifique.