Anne-Marie Thiesse bouscule les idées reçues : " La véritable naissance d'une nation, écrit-elle, c'est le moment où une poignée d'individus déclare qu'elle existe et entreprend de le prouver ". Les identités nationales ne résultent donc pas d'une maturation millénaire mais d'une entreprise délibérée qui commence au plus tôt en Europe au XVIIIe siècle. Ce n'est pas la tradition qui forge la nation mais l'inverse. Cet effort d'exhumation ou de fabrication des preuves mobilise la plupart des nations européennes, dans un contexte d'émulation, avant la fin du XIXe siècle. Il conduit pour chacune à la confection d'un répertoire identitaire (une histoire, une géographie, une langue, une littérature) et définit une méthode universelle appliquée dans la suite par des nations de création récente. Travail d'historien, le livre ne manque pas cependant d'aborder des questions contemporaines : la renaissance des nationalismes en Europe du Sud-Est et l'hypothétique élaboration d'une identité commune européenne.