Plusieurs années après la guerre en Irak (celle de Bush père), Ben Marco souffre de gros problèmes psychologiques. Syndrome de la guerre du Golfe ? Choc post-traumatique ? Un autre mal semble être à l'oeuvre. Il fait toujours le même rêve qui, chose troublante, lui raconte le contraire de ses souvenirs concernant une bataille où le sergent Shaw lui a sauvé la vie.
Le sergent Raymond Shaw, candidat à la vice-présidence, a sauvé à lui tout seul sa patrouille durant cette même guerre... Pourtant, comme Ben Marco, quelque chose cloche dans sa mémoire.
Et il y a ces souvenirs de choses affreuses qu'ils n'ont pas pu commettre... ?
Un Crime dans la tête est un remake, mais ne connaissant presque rien de l'original, je ne peux en faire la comparaison avec le film de John Frankenheimer. Le but du film n'est pas d'être crédible ou réaliste sur le plan politique, ni même sur celui de l'intrigue. C'est clairement une fiction qui prend pour sujet le lavage de cerveaux, et la quête du pouvoir, en s'offrant beaucoup de liberté.
Johnathan Demme a soigné sa réalisation pour exprimer le malaise de ses personnages. Arrière-plans flous, gros plans presque globuleux sur des visages usés, mélangés, anéantis, le film se promène aussi entre illusion et réalité. On ne sait pas toujours si ce que l'on voit à l'écran fait partie du délire du personnage, ce qui donne parfois des scènes très déroutantes. Comment faire confiance à ces héros aux perceptions brouillées ? Pour accentuer ce brouillard, le film est peuplé de personnages dont on ne saisit pas toujours les objectifs.
Et partout, des mouchards, des micros, des caméras, des traîtres, des hasards troublants... Où est-ce, encore une fois, dans la tête de Ben Marco ?
Le réalisateur prend ses ingrédients dans le film à suspense, l'anticipation, parfois le film d'horreur (au niveau de certains effets), et on se laisse prendre au jeu, notamment grâce à Denzel Washington, absolument impeccable dans ce rôle de vétéran dépressif en quête de vérité, et Liev Shrieber, conscient de son impuissance, jouet politique de sa sénatrice de mère.
L'inéluctable se met peu à peu en place, l'étau se resserre.
Et dans le camp des méchants, avec en tête une tyrannique sénatrice jouée par une Meryl Streep très en forme, tout est brouillé aussi, mais alors il s'agit des valeurs, et de l'amour.