La quatrième de couverture annonce une "étape clef dans le projet que poursuit Bruno Latour: faire une anthropologie positive des sociétés occidentales". Et le lecteur n'est pas trompé. Le livre se décompose en deux parties complémentaires: la partie sur les "faitiches", qui donne son titre à l'ouvrage, et celles intitulée "Iconoclash".
Si Latour est très connu comme sociologue, c'est pour avoir entrepris la tâche colossale de produire une anthropologie de la modernité. Pour ce faire, il a fallu en commencer par un travail très minutieux de restitution du fonctionnement de l'institution scientifique
La vie de laboratoire : La production des faits scientifiques, prolongée par le développement progressif d'une anthropologie "a-moderne" (
Nous n'avons jamais été modernes : Essai d'anthropologie symétrique).
Comme Latour l'annonce lui-même dans son ouvrage, s'il a essentiellement défini jusqu'alors ce que la modernité n'est pas, où ce qu'elle prétend être mais ne respecte pas dans ses pratiques (la grande division Nature / Culture, réalité objective / représentation, science / opinion, etc.), il souhaite maintenant trouver de nouvelles modalités pour donner de la substance à cette a-modernité, et il le fait au travers de la notion de "faitiche", dont il fait "l'opérateur" de son "anthropologie symétrique" (p. 66).
À la grosse louche, les faitiches, ce sont ces objets qui pullulent dans notre quotidien, qui peuplent une réalité bien tangible, et qui sont des passeurs ; des passeurs d'une dimension qui dépasse celui qui les produit, et qui permet de passer de leur construction à leur autonomie - sans croire ni à l'une, ni à l'autre (p. 65). Sans déflorer plus avant la théorie de Latour sur les faitiches, tout au plus faut-il constater que c'est un livre qui redonne espoir, un livre vivant, rythmé, alerte. C'est un remède très efficace à la sinistrose ambiante, et qui ouvre d'importantes perspectives sur comment repeupler notre modernité complètement desséchée, sans en passer par une critique encore plus austère...