L'immense mérite de cet ouvrage est de montrer comment le moindre dessin d'Hergé était imprégné d'occultisme. Comment les scènes les plus innocentes et les gags les plus banals sont des références très précises aux parcours des initiés franc-maçons et aux sciences occultes.
Ce double langage, cette "langue des oiseaux" comme elle se dénomme, enchante l'auteur. Son enthousiasme fait plaisir à lire. Mais de théories sur l'Atlantide, Thulé ou la pierre philosophale, en passant par les trésors de la reine de Saba et de citations plus ou moins bien interprétées de la Bible, le tout marqué du sceau du secret le plus absolu et du fantôme d'Hergé soi-disant apparu à son chauffeur et à sa veuve, le lecteur finit par se demander où Hergé voulait bien en venir et quel sens donner à son oeuvre et à son statut d'Initié.
Une citation du livre est intéressante. Anatole France écrivait (je cite de mémoire): "Pour comprendre la littérature moderne, il faut avoir une certaine connaissance des sciences occultes." C'est bien là le grand mérite du livre: il donne les bases de cette connaissance. Ce mélange de manichéïsme, de nestorisme, de catharisme, d'alchimie, d'astrologie, de rites pseudo-égyptiens, cette volonté de secret, ce sentiment de pureté et de supériorité envers les non-initiés forme en définitive une potion peu ragoûtante malgré la mention rabelaisienne "gay savoir" collée sur son récipient - un graal probablement, réservée à ceux "qui peuvent comprendre". A mon sens, ceux qui justement le comprennent sont étonnés du vide sidéral sur lequel débouchent ces secrets de polichinelles. L'auteur prône la tolérance. Celle-ci n'exclut pas le sens critique et il est bon de l'exercer en présence de telles "spiritualités".