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le 7 octobre 2012
On évoque peu la dispersion des peuples du Proche et du Moyen-Orient. Et pourtant…

Ce roman d’Amin Maalouf touche au cœur, particulièrement.

Un événement amène un groupe d’amis restés « au pays » ou partis en exil, à se retrouver après un quart de siècle.

Mais la perle du Moyen-Orient a des allures de paradis perdu pour Adam, le héros.

Touchante narration d’amour et d’amitié, subtile, et riche d’intériorité, où l’amour esquissé autrefois peut enfin s’épanouir…

Oser vivre l’instant, amical, amoureux, saisir l’émotion, grave ou joyeuse, ce pourrait être l'une des devises de ce roman.

Bien sûr, le récit nous donne un aperçu des saveurs, des parfums conservés dans ce pays mythique. Mais en quoi le Liban d’autrefois, celui d’avant la guerre, d’avant le cataclysme, tenait-il d’un paradis ?

L’insouciance de la jeunesse, la joie du partage et le sentiment, chez le groupe d’amis évoqué, d’une complicité forte, d'une vive affection et d’une union autour d’idéaux effaçant les différences communautaires y contribuaient certainement.

Remarquables :
- le va-et-vient entre une narration intime à la première personne (journal intime d’Adam qui oscille entre les souvenirs et le présent) et une narration à la troisième personne (qui tisse un lien de complicité avec le lecteur) ;
- la richesse polyphonique (par le biais des récits individuels des personnages) qui permet l’expression de points de vue différents, voire antagonistes, enrichissant la réflexion du lecteur. Notons la diversité des langues parlées par les personnages. L'arabe est celle de l'expression du sentiment amoureux pour Adam.

Pour ma part, je vous encourage à lire cet ouvrage dont le rythme est soutenu, et qui allie émotions et sujets de réflexion sur l’histoire récente, sur les blessures ressenties par les diverses communautés au Liban. Décentrage et réflexions extrêmement salutaires pour un Européen…

Qui est-on lorsqu’on s’est exilé ? Qui est-on quand on est juif et arabe aujourd'hui ?

Que serait une religion repliée sur elle-même, qui diviserait les hommes en catégories au lieu de les unir ? Que gagne-t-on à adopter une attitude communautaire ? Quels sont les ravages provoqués par le culte de l’argent à travers le monde ?

Finalement, qu’est-ce qu’être fidèle à soi-même malgré les années ?

La visite à Frère Basile est tissée de phrases magnifiques. En aucun cas du fait d’un sentiment religieux communautaire. La beauté réside dans le questionnement intérieur, dans un sentiment intime et puissant qui « dépasse » un quelconque rituel. Dans l’expérience intérieure. « Sainte Marie-Jeanne » et les « fleurs » m’évoquent Rimbaud.

Ce roman est un joyau...
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le 10 septembre 2012
Une fois encore, Amin Maalouf parvient à nous intéresser à ses réflexions personnelles sur fond d'amitiés de jeunesse. Dans un pays jamais nommé, à la suite du décès d'un "ancien ami", les souvenirs affluent et des retrouvailles s'organisent. Une écriture lumineuse, dense, qui force chacun à la réflexion, aux réflexions : les religions, le rapport Orient/Occident, la fidélité en amour comme en amitié. Je n'en suis pas ressortie indemne...
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Il y a tant de perles de sagesse dans ce livre qu'on pourrait en faire un collier...

C'est sans doute mon préféré, parmi tous les livres d'Amin Maalouf.

Peut-être parce qu'il est contemporain, et peut-être aussi parce que - comme le reconnaît l'auteur - c'est son livre le plus intime, "librement inspiré de sa propre jeunesse", comme il le dit lui-même.

C'est un livre d'une rare intelligence, qu'on pourrait qualifier d' "intelligence totale", c'est-à-dire intelligence du coeur, de la tête, des actes (et aussi de l'âme, sans doute).
C'est un livre qui a nourri mon humanité, qui a renforcé ce qu'il y a d'universel en moi. Qui me rend meilleurs aussi, ai-je envie de dire.

Je sais que je le lirai et le relirai, tant il y a là à méditer, à approfondir, à réfléchir.

Comme toujours, avec cette simplicité et cette humilité qui sont sa marque de fabrique, Amin Maalouf n'impose rien à ses lecteurs. Il nourrit leur réflexion, il leur offre non pas un mais plusieurs autres regards, plusieurs éclairages. Il met ainsi véritablement les choses en "relief", loin de tout manichéisme, de toute pensée unique.

Sur l'Islam, sur Israël, sur les rapports en l'Occident et l'Orient, sur l'histoire, sur la religion, sur nombre de sujets essentiels, ce livre élève et enrichit notre point de vue, nous fait sortir des ornières de pensée que nourrissent jour après jour les médias dominants, nous rend plus libres.

On saluera pour finir le joli jeu de mots, si riche de sens, que cache le titre de ce livre, "Les désorientés". Il y a tant de façon de ne plus savoir où est l'Orient ou l'orient, de ne plus savoir s'orienter, d'être coupé de l'Orient....
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Un roman aux allures autobiographiques d'abord, puisque le narrateur d'origine libanaise, c'est du moins le pays que l'on devine, intellectuel universitaire, vit en France depuis qu'il fit le choix de quitter un Liban démantelé au début de la guerre. Ils étaient alors un groupe d'amis de religions diverses, ce qui fut longtemps la caractéristique de ce pays, et rêvaient de faire avancer leur pays dans un esprit de tolérance et d'ouverture d'esprit qui s'avéra être bien utopique. La plupart sont partis construire leur vie à l'étranger tandis que celui qui est resté semble avoir dû faire bien des compromis avec ses idéaux passés.
Le récit rapporte le retour du narrateur dans ce pays quitté vingt-cinq ans plus tôt, et ses retrouvailles successives avec ses amis de jeunesse.
Et c'est l'occasion d'écouter à travers la voix des différents personnages, les idées que chacun défend, le Juif, le Musulman, et le Chrétien, sur ce qui est arrivé à son pays. Alors, d'un coup, le roman devient sujet de réflexion et permet, sans a priori, d'écouter ce que chacun a à dire, à soutenir, à défendre, et l'on se prend à penser que chacune de ces positions face à la situation d'alors tout comme face à celle d'aujourd'hui concernant le conflit israelo-palestinien, chacune de ces positions peut se comprendre. Alors qui a raison? Le roman ne le dit pas, se contentant de semer le doute, et c'est déjà beaucoup...
Un livre qui propose un éclairage sur le monde actuel et sur l'Orient, loin des préjugés, Amin Maalouf est un héritier de l'esprit de nos Lumières...
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Les désorientés/Amin Maalouf
Après avoir lu avec un infini plaisir les nombreux chefs d’œuvres d’Amin Maalouf, Les Identités meurtrières, Les Croisades vues par les Arabes, Les Jardins de Lumière, Samarcande, Le Rocher de Tanios, Le premier siècle après Béatrice, et surtout Léon l’Africain et le Périple de Baldassare, j’attendais de pouvoir me jeter sur ce nouveau roman qui semble faire l’unanimité de la critique, tant par son contenu que par ses qualités littéraires : comme chacun sait, Maalouf est un immense conteur, car dès la première ligne il vous captive et vous passionne.
Académicien depuis 2011, Amin Maalouf né en 1949 au Liban, Arabe chrétien, vit à Paris depuis 1976. C’est en général à l’île d’Yeu qu’il se retire pour écrire.
La guerre civile qui a ravagé son pays d’origine dont il ne cite jamais le nom, est omniprésente dans ce roman. Eternel nomade entre les terres, les langues et les religions, Maalouf est un humaniste, « convaincu que l’on peut rester fidèle aux valeurs dont on est l’héritier sans pour autant se croire menacé par les valeurs dont d’autres sont porteurs. »
Cet ouvrage qui comporte une part autobiographique est basé sur les réminiscences d’un groupe d’amis de toutes confessions qui se retrouvent au Liban lors du décès de l’un des leurs, alors qu’ils sont dispersés un peu partout sur la planète suite à une guerre qui a ravagé le pays. Les exilés volontaires, les déracinés, tout ceux de la diaspora libanaise se retrouvent et Maalouf se livre alors à une réflexion profonde sur les motivations des émigrés.
Maalouf nous explique à travers le personnage d’Adam pourquoi il a quitté son pays pour la France : « Dans cet univers levantin qui ne cessait de s’obscurcir, je n’avais plus ma place, et je ne tenais plus à m’en tailler une… Quitter son pays est dans l’ordre des choses ; quelquefois, les événements l’imposent ; sinon il faut s’inventer un prétexte. Je suis né sur une planète…. » Un passage magnifique d’humanisme planétaire.
Et plus loin : « Le pays où tu peux vivre la tête haute, tu lui donnes tout… ; celui où tu dois vivre la tête basse, tu ne lui donnes rien. » Voilà le credo de Adam, alias Maalouf.
La technique narrative est remarquable, mêlant le récit objectif au journal intime d’Adam, ce qui nous donne un emboitement de deux histoires, un peu à la façon de Zweig dans ses nouvelles.
Adam profite de ce séjour au Liban chez la belle et sensuelle Sémiramis, une amie, pour écrire et se remémorer les faits marquants d’autrefois dans le cadre de ce journal. Et là il nous narre l’enlèvement de son ami Albert sur le point de mettre fin à ses jours. Une histoire vraie à peine croyable.
Adam se livre : « J’appartiens à cette frange qui, n’ayant ni la myopie des nantis ni l’aveuglement des affamés, peut se permettre de poser sur le monde un regard lucide. »
Et règle ses comptes : « Chaque fois que notre territoire a été envahi, il s’est trouve des gens, parmi nos compatriotes, pour courir au devant de l’envahisseur,, pour lui baliser la route, pour se mettre à son service, et pour tenter de l’utiliser contre leurs propres adversaires locaux …Chez nous on pactise trop volontiers avec le vainqueur du moment… »
Et par la bouche de son ami Bilal l’idéaliste :
« La culpabilité et la honte, c’est ce que les religions ont inventé pour nous tenir en laisse ! Et pour nous empêcher de vivre ! Si les hommes et les femmes pouvaient parler ouvertement de leurs relations, de leurs sentiments, de leurs corps, l’humanité entière serait plus épanouie, plus créatrice. »
Réflexion très actuelle sur la religion : « La religion, c’est important, mais pas plus que la famille, pas plus que l’amitié, et pas plus que la loyauté. Il y a de plus en plus de gens pour qui la religion remplace la morale…Parce qu’ils ont une religion, ils se croient dispensés d’avoir une morale. »
Réflexion également sur le pétrole et la richesse induite, le conflit israélo arabe, la relation difficile entre les Arabes et l’Occident ; Adam a alors des phrases chocs :
« Il faudra bien que nous finissions par regarder en face notre propre défaite, la gigantesque, la retentissante débâcle historique de la civilisation qui est la nôtre. »( Il parle de la civilisation levantine.)
Il prône la tolérance et le respect :
« Qu’une personne s’abstienne de consommer telle ou telle boisson, tel ou tel aliment, parce que ses convictions le lui imposent, c’est une attitude que je respecte. Ce que je n’admets pas, c’est qu’on tente de l’imposer aux autres… C’est un plaisir noble et innocent de retrouver ses amis, le soir, de rire, de discuter, et de refaire le monde autour d’une bouteille de bon vin. »
Un ouvrage puissant, riche, allant très loin dans la réflexion sur notre époque, les religions et l’Homme. L’historien de formation qu’est Amin Maalouf fait preuve d’une belle clairvoyance dans ses jugements et ses remarques.
Une phrase qui a eu une résonnance particulière pour moi : « On parle souvent de l’enchantement des livres. On ne dit pas assez qu’il est double. Il y a l’enchantement de les lire, et il y a celui d’en parler. »
Une mention particulière pour le choix judicieux du titre qui est à multiples interprétations.
L’amitié indéfectible qui enfante des retrouvailles émouvantes fait de ce roman assez intimiste un magnifique ouvrage.
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Je ne connaissais Amin Maalouf que par "Les Croisades vues par les Arabes", ouvrage à forte dimension historique, bien différent de celui ci qui est un pur roman. Et une bonne surprise.

L’histoire.
Adam pensait avoir tourné la page sur son pays d’origine et ses amis d’enfance. Il suffit pourtant d’un appel téléphonique l’informant de l’agonie de Mourad, son ancien ami, pour qu’il revisite son passé.

Le retour d ‘Adam dans ce pays (on devine qu’il s’agit du Liban, bien qu’il ne soit jamais cité) qu’il a quitté pendant les années de guerre, s’accompagne d’une plongée dans l’atmosphère de ses jeunes années quand il refaisait le monde avec ses amis, la plupart aujourd’hui, dispersés de par le monde.

Le décès de Mourad est l’occasion pour eux de se revoir.

Au travers de l’histoire d’Adam et ses amis, Amin Maalouf livre de beaux moments de réflexion sur l’amitié, la perte des idéaux, l’évolution du monde ou le poids des religions.
A la lumière du drame libanais, il donne à lire un essai pertinent sur les relations de l’Occident avec l’Islam, le conflit israélo-palestinien, l’intégration, mais au-delà, il évoque aussi des concepts particulièrement intéressants, comme le "point aveugle" (quelles sont les choses d'aujourd'hui que nos descendants verront de manière évidente alors qu’elles ne sont pas dans notre champ de conscience actuel), l’inversion du sens révolutionnaire (l’émergence des révolutions libérales et/conservatrices) ou la sélectivité de notre nostalgie ("Tout ce que je reconnais, je le vois en couleurs ; le reste, tout le reste, je le vois en gris pâle").

Le récit combine les réflexions d’Adam couchées dans son journal et la "voix" d’un narrateur. Le procédé est habile qui nous projette dans la tête du personnage dont nous partageons la vision, mais aussi au dessus, nous faisant spectateurs des scènes qui l’englobent.

Hormis une fin un peu quelconque, voici un excellent roman où chacune des quelques 500 pages vous fait sentir plus intelligent en vous faisant rêver un instant de ces amitiés magnifiées, de ces raisonnements que vous auriez aimé tenir ou de ces répliques que vous auriez voulu adresser. C’est également un beau message humaniste qui évite tout sentiment de préchi-précha.

PS.
Finalement, le seul sujet d’agacement (bien anecdotique) se trouve en couverture. Je ne sais pas pourquoi, mais la mention systématique qui accompagne les Académiciens français (Machin, de l’Académie…) ou les sociétaires de la Comédie Française (Truc…de la Comédie…), m’irrite par son côté aussi désuet que puéril.
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le 27 juin 2013
La plume fluide d'Amin Maalouf (écho de cette voix qui roule les "R") remonte le fleuve des souvenirs.
Ils étaient un groupe d'amis, étudiants, se réunissant sur une terrasse face à la mer, dans la maison de l'un d'entre eux. Ils refaisaient le monde, levantins avant tout, cette identité primant sur leurs confessions. Et puis la guerre a ravagé le pays, les dispersant aux quatre coins du monde. Trente ans après, une triste circonstance les réunit.
Que sont-ils devenus ? Quelles épreuves ont-ils traversé ? Quels furent leurs choix ? S'exiler ou rester ? Dans quelles circonstances ?
L'auteur nous plonge au coeur des contradictions humaines, des compromis, du sentiment de culpabilité, de la trahison ou de la fidélité aux idéaux.
Il explore les désordres engendrés par la religion et le politique lorsqu'il fait intrusion dans la sphère intime.

A lire en contrepoint des journaux télévisés qui ne livrent qu'un court aspect des événements...
Un livre enrichissant qui résonne profondément avec l'actualité du Proche-Orient ; un livre passionnant où les tourments, les amours des uns pourraient être les nôtres.

Nous sentons poindre, avec pudeur, la nostalgie et la tristesse de l'auteur pour une identité levantine que les gravats de la guerre menacent d'ensevelir.
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le 18 août 2013
« Comment pourrait-il concilier ses qualités d'historien respecté, avec son désir de raconter les tribulations existentielles d'une bande d'étudiants ? » Cette question que se pose Adam, le personnage central de ce roman, renvoie aux propres interrogations de son auteur, Amin Maalouf. Lui qui nous a jusque-là offert d'excellents romans historiques et d'aventure, quelques essais sur la fracture occident-orient, ainsi que son livre d'histoire sur les Croisades, innove en nous proposant, avec « Les désorientés », un mélange de ses genres littéraires habituels.
Cette croisée des genres se réalise grâce à une approche légèrement autobiographique. Les souvenirs du pays natal et des amis de jeunesse d'Amin Maalouf sont la matière première de ce roman, et c'est Adam qui incarne l'auteur dans ce récit où réel et imaginaire se mêlent. A la suite du décès d'un des anciens amis de l'époque bénie d'avant-guerre, Adam revient au pays et consigne dans son journal les faits marquants de son séjour. Les doutes de l'auteur sur la pertinence d'écrire une histoire basée sur des faits personnels, et non plus sur des personnages historiques, se retrouvent d'ailleurs dans le journal d'Adam : « Ma vie, ainsi que celle des personnes que j'ai connues, ne représente peut-être pas grand-chose, comparée à celle d'un conquérant célèbre. Mais c'est ma vie, et si je considère qu'elle ne mérite que l'oubli, c'est que je n'ai pas mérité de vivre. »
Même en admettant que ces doutes aient pu exister chez le lecteur, ils sont vite balayés. Avec son talent habituel, Amin Maalouf superpose à ce récit de retrouvailles les thèmes qui lui sont chers, et qui sont liés à sa région d'origine. L'hétérogénéité des amis d'Adam permet de rendre vivants les débats sur Israël, la radicalisation islamiste ou encore la fracture occident-orient. Mais aussi des thèmes liés à l'accomplissement personnel, comme la réussite sociale ou la fidélité en amitié et en amour.
Le point commun entre ces deux catégories de thème : la Chute est passée par là. Entre ses années de jeunesse et 2001, année de son voyage au Liban (qui n'est par ailleurs jamais cité nommément), la guerre a profondément transformé son pays et ses habitants. La nostalgie du Paradis perdu en est d'autant plus forte, surtout lorsqu'on s'appelle Adam. Et que l'on constate que certaines des différences qui faisaient la richesse du groupe d'amis sont devenues des pommes de discorde.
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Les désorientés/Amin Maalouf
Après avoir lu avec un infini plaisir les nombreux chefs d’œuvres d’Amin Maalouf, Les Identités meurtrières, Les Croisades vues par les Arabes, Les Jardins de Lumière, Samarcande, Le Rocher de Tanios, Le premier siècle après Béatrice, et surtout Léon l’Africain et le Périple de Baldassare, j’attendais de pouvoir me jeter sur ce nouveau roman qui semble faire l’unanimité de la critique, tant par son contenu que par ses qualités littéraires : comme chacun sait, Maalouf est un immense conteur, car dès la première ligne il vous captive et vous passionne.
Académicien depuis 2011, Amin Maalouf né en 1949 au Liban, Arabe chrétien, vit à Paris depuis 1976. C’est en général à l’île d’Yeu qu’il se retire pour écrire.
La guerre civile qui a ravagé son pays d’origine dont il ne cite jamais le nom, est omniprésente dans ce roman. Eternel nomade entre les terres, les langues et les religions, Maalouf est un humaniste, « convaincu que l’on peut rester fidèle aux valeurs dont on est l’héritier sans pour autant se croire menacé par les valeurs dont d’autres sont porteurs. »
Cet ouvrage qui comporte une part autobiographique est basé sur les réminiscences d’un groupe d’amis de toutes confessions qui se retrouvent au Liban lors du décès de l’un des leurs, alors qu’ils sont dispersés un peu partout sur la planète suite à une guerre qui a ravagé le pays. Les exilés volontaires, les déracinés, tout ceux de la diaspora libanaise se retrouvent et Maalouf se livre alors à une réflexion profonde sur les motivations des émigrés.
Maalouf nous explique à travers le personnage d’Adam pourquoi il a quitté son pays pour la France : « Dans cet univers levantin qui ne cessait de s’obscurcir, je n’avais plus ma place, et je ne tenais plus à m’en tailler une… Quitter son pays est dans l’ordre des choses ; quelquefois, les événements l’imposent ; sinon il faut s’inventer un prétexte. Je suis né sur une planète…. » Un passage magnifique d’humanisme planétaire.
Et plus loin : « Le pays où tu peux vivre la tête haute, tu lui donnes tout… ; celui où tu dois vivre la tête basse, tu ne lui donnes rien. » Voilà le credo de Adam, alias Maalouf.
La technique narrative est remarquable, mêlant le récit objectif au journal intime d’Adam, ce qui nous donne un emboitement de deux histoires, un peu à la façon de Zweig dans ses nouvelles.
Adam profite de ce séjour au Liban chez la belle et sensuelle Sémiramis, une amie, pour écrire et se remémorer les faits marquants d’autrefois dans le cadre de ce journal. Et là il nous narre l’enlèvement de son ami Albert sur le point de mettre fin à ses jours. Une histoire vraie à peine croyable.
Adam se livre : « J’appartiens à cette frange qui, n’ayant ni la myopie des nantis ni l’aveuglement des affamés, peut se permettre de poser sur le monde un regard lucide. »
Et règle ses comptes : « Chaque fois que notre territoire a été envahi, il s’est trouve des gens, parmi nos compatriotes, pour courir au devant de l’envahisseur,, pour lui baliser la route, pour se mettre à son service, et pour tenter de l’utiliser contre leurs propres adversaires locaux …Chez nous on pactise trop volontiers avec le vainqueur du moment… »
Et par la bouche de son ami Bilal l’idéaliste :
« La culpabilité et la honte, c’est ce que les religions ont inventé pour nous tenir en laisse ! Et pour nous empêcher de vivre ! Si les hommes et les femmes pouvaient parler ouvertement de leurs relations, de leurs sentiments, de leurs corps, l’humanité entière serait plus épanouie, plus créatrice. »
Réflexion très actuelle sur la religion : « La religion, c’est important, mais pas plus que la famille, pas plus que l’amitié, et pas plus que la loyauté. Il y a de plus en plus de gens pour qui la religion remplace la morale…Parce qu’ils ont une religion, ils se croient dispensés d’avoir une morale. »
Réflexion également sur le pétrole et la richesse induite, le conflit israélo arabe, la relation difficile entre les Arabes et l’Occident ; Adam a alors des phrases chocs :
« Il faudra bien que nous finissions par regarder en face notre propre défaite, la gigantesque, la retentissante débâcle historique de la civilisation qui est la nôtre. »( Il parle de la civilisation levantine.)
Il prône la tolérance et le respect :
« Qu’une personne s’abstienne de consommer telle ou telle boisson, tel ou tel aliment, parce que ses convictions le lui imposent, c’est une attitude que je respecte. Ce que je n’admets pas, c’est qu’on tente de l’imposer aux autres… C’est un plaisir noble et innocent de retrouver ses amis, le soir, de rire, de discuter, et de refaire le monde autour d’une bouteille de bon vin. »
Un ouvrage puissant, riche, allant très loin dans la réflexion sur notre époque, les religions et l’Homme. L’historien de formation qu’est Amin Maalouf fait preuve d’une belle clairvoyance dans ses jugements et ses remarques.
Une phrase qui a eu une résonnance particulière pour moi : « On parle souvent de l’enchantement des livres. On ne dit pas assez qu’il est double. Il y a l’enchantement de les lire, et il y a celui d’en parler. »
Une mention particulière pour le choix judicieux du titre qui est à multiples interprétations.
L’amitié indéfectible qui enfante des retrouvailles émouvantes fait de ce roman assez intimiste un magnifique ouvrage.
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le 29 septembre 2014
C'est le genre de livre qui te rapporte quelque chose, il t'offre des pistes pour te rensigner plus sur l'histoire du moyen orient, une histoire émouvante de ce que j'aime appeler "les revenants", les expatriés (ou pas), aussi une fin que j'attendais pas du tout. Adam, un prènom qui porte en lui le commencement de l'humanité, un personnage que je n'oublierai jamais.
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